Paris.

«Monsieur le marquis,

»Je ne prendrais pas la liberté de vous écrire, si je ne connaissais l'amitié que vous portez à votre intendant, monsieur Lebrun; car je sais fort bien que je n'ai pas le droit de vous réclamer la moindre chose; mais des personnes estimables qui connaissent l'extrême bonté de votre cœur, et notamment monsieur le vicomte de Lussan, m'ayant donné l'assurance que vous feriez tout ce qu'il est possible de faire pour tirer monsieur Lebrun de la position fâcheuse dans laquelle il se trouve par sa faute, je me suis déterminé à vous adresser cette lettre.

»J'ai donc, monsieur le marquis, l'honneur de vous prévenir, que si d'ici à dix jours, (je vous laisse, vous le voyez, tout le temps de vous rendre à Paris) je n'ai pas reçu votre visite, je me verrai forcé de déposer au parquet de monsieur le procureur du roi, une plainte en faux contre monsieur Lebrun, à laquelle plainte seront jointes quatre lettres de change montant ensemble à la somme de cent mille francs que je n'ai escomptées que parce qu'elles portaient une signature faussement attribuée par monsieur Lebrun, à monsieur le marquis de Pourrières.

»J'ai l'espérance que vous voudrez bien épargner à votre intendant les funestes résultats d'une plainte en faux, et prendre en considération la position d'un malheureux capitaliste qui ne se trouve aujourd'hui victime, que parce qu'il a cru pouvoir accorder toute sa confiance à un homme que vous honoriez de la vôtre.

»J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect,

»Monsieur le marquis,

»Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

»JUSTE.»

—Le sort en est jeté, s'écria Salvador après avoir froissé entre ses mains la lettre de Juste, il faut que tout cela finisse, et de suite; ce misérable Roman a déjà trop vécu.