Salvador, après avoir donné l'ordre à ses gens d'atteler les chevaux à la voiture qui devait le conduire jusqu'à Aix, où il comptait prendre la poste, alla trouver sa femme afin de lui annoncer son départ.

Lucie, qui venait d'achever la lecture de la lettre de Laure que nous avons plus haut mise sous les yeux de nos lecteurs, était un peu triste. Elle se leva cependant de la chaise longue sur laquelle elle était assise, afin d'aller au-devant de son mari.

Salvador l'embrassa sur le front.

—Je viens, lui dit-il, de recevoir une lettre qui m'apprend que je suis en danger de perdre une somme assez considérable; ma présence sur les lieux où mes intérêts sont compromis, pourra peut-être conjurer le malheur qui me menace; je viens donc vous prier de vouloir bien me permettre de vous laisser seule ici quelques jours.

—Partez, lui répondit Lucie, je vais prier Dieu de favoriser votre entreprise.

—Je suis, puisque telle est votre intention, certain de réussir, reprit Salvador. Les prières d'un ange tel que vous ne peuvent manquer d'être exaucées.

Quelques heures après, les vigoureux chevaux de l'administration des postes, emportaient Salvador sur la route de Paris.

VI.—Le crime puni par le crime.

Nous devons à nos lecteurs le récit des événements qui précédèrent l'envoi par Juste, à Salvador, de la dernière lettre que nous venons de mettre sous leurs yeux.

Roman, bien convaincu après avoir lu la lettre de Salvador, que son ami ne lui enverrait pas d'argent de suite, chercha les moyens de s'en procurer; le misérable, semblable du reste à tous ceux qui se laissent dominer par la funeste passion du jeu, était malade tout le jour, lorsqu'il n'avait pas l'espoir de passer sa soirée devant un tapis vert qu'il pourrait couvrir d'or.