Il agrafa son manteau qu'il jeta derrière ses épaules, afin de laisser à ses bras la faculté d'agir en liberté, et il prit le tire-point, dans la poche de côté de son habit.
La lame en était forte et la pointe acérée.
Salvador traversa le boulevard; il ne voulait frapper son complice que lorsqu'il serait engagé dans une des rues assez désertes qui avoisinent l'hôtel de Pourrières.
La marche de Roman était brusque et saccadée; il s'arrêtait souvent et de sourdes exclamations, d'éclatants blasphèmes s'échappaient de sa poitrine. A la hauteur de la rue Caumartin, il brisa sa canne contre une des bornes du boulevard.
Salvador suivait tous ses mouvements avec attention.
La rue de Courcelle, où est situé l'hôtel de Pourrières, n'était pas à l'époque où se passèrent les faits que nous avons voulu raconter, éclairée par le gaz de la compagnie Anglaise; et les réverbères qui, suivant leur coutume avaient compté sur la blonde Phœbé, (qui avait justement choisi cette nuit-là pour aller rendre visite à Endymion), s'étaient éteints depuis longtemps, lorsque Roman s'y engagea, elle était donc parfaitement sombre.
Salvador ne laissa à son complice que le temps d'y faire quelques pas. Semblable à la panthère qui se jette, prompte comme l'éclair, au milieu d'un troupeau de buffles, choisit une proie dans le flanc de laquelle elle enfonce ses ongles de fer et qu'elle ne quitte que lorsqu'elle est étendue privée de vie sur le sable, il se précipita sur Roman qu'il saisit par le cou afin de ne pas lui laisser la faculté d'appeler à son secours.
L'abus des liqueurs fortes avait tellement affaibli le misérable, qu'il ne lui restait plus rien de son ancienne vigueur; il fit cependant, pour se défendre, quelques efforts; mais Salvador le contint facilement, et il lui plongea, à trois reprises, son tire-point dans le cœur.
Lorsque Salvador cessa de le tenir, il tomba lourdement sur le pavé.
Il était mort.