—Allons déjeuner, dit Salvador; la promenade que nous venons de faire m'a donné de l'appétit, et je crois que nous ne rendrons pas la vie à Roman en nous condamnant à mourir d'inanition.

—Parfaitement raisonné, cher marquis, parfaitement raisonné.

Salvador et le vicomte de Lussan se rendirent chez Desmares, où ils se firent servir un excellent déjeuner.

—Voulez-vous, dit au dessert le vicomte de Lussan, que je vous parle avec franchise?

—Vous m'obligerez, lui répondit Salvador.

—Eh bien, je crois que vous connaissiez avant moi la mort de notre ami.

—Que voulez-vous dire?

—Vous m'avez parfaitement compris; si du reste ce que je pense est vrai, je vous approuve, il y a déjà longtemps que vous auriez dû vous débarrasser d'un homme dont les détestables habitudes vous auraient tôt ou tard compromis et qui se servait de votre fortune comme si elle eût été à lui.

—Ce cher vicomte, il a toujours le petit mot pour rire, dit Salvador en quittant la table.

Les deux amis se séparèrent en sortant de chez Desmares, et Salvador rentra de suite chez lui.