»Venez, mon cher Alexis, venez; ne me laissez pas plus longtemps en proie au sombre désespoir qui m'agite, et qui peut-être me déterminerait à prendre un parti extrême?
»J'ai l'espérance, cher Alexis, que je recevrai votre visite, soit aujourd'hui, soit demain au plus tard, c'est pour cela que je signe.
»Votre dévouée et fidèle amie,
»SILVIA.»
Silvia se moque de moi, se dit Salvador, après avoir lu cette lettre, dont le style ressemblait plus à celui d'une simple et naïve jeune fille, qu'à celui ordinairement employé par la marquise de Roselly, elle se moque de moi, c'est sûr; mais les derniers paragraphes de sa lettre renferment une menace qu'elle serait peut-être assez folle pour réaliser; allons donc chez elle, puisque je ne puis faire autrement. Ah! que ne suis-je débarrassé de cette femme.
Que les dernières paroles de Salvador n'étonnent pas trop nos lecteurs, la présence de Lucie avait quelque peu ébranlé les fondements d'un empire dont, du reste, l'artificieuse Silvia devait facilement ressaisir le sceptre.
Silvia, placée devant son piano, chantait en s'accompagnant, un air de bravoure emprunté au nouvel opéra italien, lorsque Salvador entra chez elle; elle jetait au vent les gammes les plus fabuleuses, les fioritures les plus merveilleuses, sans paraître plus s'en soucier que des couacs criards que laisse échapper la clarinette d'un aveugle.
Elle avait recouvré les brillantes couleurs de son visage, et la toilette qu'elle avait choisie donnait à ses attraits un tel relief, que Winkelmann lui-même aurait été embarrassé, s'il avait été forcé de dire laquelle de Lucie ou de Silvia était la plus belle.
—Il y a encore une fortune dans ce larynx, dit-elle en posant son doigt sur son cou admirablement modelé et plus blanc que l'albâtre.
—Pourquoi alors ne vous remettez-vous pas au théâtre, répondit Salvador.