—Ah! c'est charmant, s'écria Lucie.
—N'attachez pas plus de prix qu'elle n'en mérite, à cette légère prévenance, répondit Salvador, croyez seulement que je suis heureux d'avoir pu faire une chose qui vous est agréable.
Salvador consacra les premiers jours qui suivirent l'arrivée de Lucie à Paris, à visiter celles des personnes qui avaient assisté à la célébration de son mariage, qui n'avaient pas quitté la capitale, puis ensuite il mena sa femme au bois, aux concerts qui venaient de commencer, partout enfin, où son extrême beauté, la grâce parfaite de ses manières, devaient être remarquées, peut-être n'aimait-il pas Lucie, mais les nombreux hommages qu'on lui adressait, flattaient son amour-propre; il était glorieux de pouvoir se dire: cette femme si belle, si gracieuse, si pure, cette femme que vous accablez d'hommages, dont vous mendiez tous un sourire, un regard, elle est à moi, à moi que vous livreriez à vos bourreaux si vous connaissiez les événements de ma vie; elle m'aime, cette femme, tandis que moi je ne suis attiré vers elle que parce qu'elle est belle.
Salvador, tout entier au plaisir que lui procurait la satisfaction de son orgueil, avait presque oublié Silvia lorsqu'il reçut la lettre suivante:
La marquise de Roselly au marquis de Pourrières.
Paris.
«Cher marquis,
»Je ne veux pas vous ordonner de rendre votre femme malheureuse, je ne veux même pas vous prier de l'aimer un peu moins que vous ne le faites, ce serait peut-être vous demander l'impossible, madame de Pourrières, que j'ai eu l'honneur de rencontrer plusieurs fois au bois, est très-belle, plus belle que moi, et je conçois qu'il serait difficile de ne pas rendre à ses attraits la justice qui leur est due; mais si je veux bien, quant à présent, borner mes désirs à n'occuper dans votre cœur que la seconde place, vous seriez, cher marquis, le plus injuste des hommes, si vous ne veniez pas quelquefois me prouver que vous ne m'avez pas tout à fait oubliée.
»Si vous saviez, cher Alexis, combien je m'ennuie, combien je suis malheureuse, lorsque plusieurs jours se sont passés sans qu'il m'ait été permis de vous voir, vous auriez pitié de la pauvre Silvia, et vous ne la négligeriez pas autant que vous le faites. Avez-vous oublié qu'il y a dans un coin de ce Paris que vous parcourez tous les jours, accompagné de votre heureuse épouse, une pauvre femme qui vous aime, à laquelle votre abandon cause d'horribles souffrances, et qui mourra bientôt si vous ne venez la consoler un peu?
»Je ne puis le croire.