Cette dernière lettre fut remise à Lucie en même temps que celle qui précède. La jolie marquise de Pourrières, bien certaine que son mari ne lui refuserait pas la permission d'aller passer le restant de la belle saison près de son amie, qu'elle était impatiente de revoir, se détermina sans éprouver de bien vifs regrets à quitter le vieux château de Pourrières; elle écrivit donc à son mari, que conformément à son désir elle allait de suite se mettre en route et qu'elle serait à Paris presque en même temps que sa lettre.
Salvador pour la recevoir avait entièrement renouvelé son ameublement et ses équipages, et fait décorer son hôtel avec plus de luxe qu'il ne l'était auparavant.
—La demeure que vous allez habiter vous paraît-elle convenable? dit-il à sa femme après lui avoir fait admirer les mille recherches luxueuses rassemblées dans son hôtel.
Lucie ne remercia pas son mari, mais elle posa sa jolie tête sur son sein et lui serra affectueusement la main.
Salvador déposa un baiser sur le front de sa femme.
Elle ne me refusera pas ce que je veux lui demander, se dit-il.
Les deux époux étaient à ce moment dans la chambre à coucher destinée à Lucie, près d'une petite porte devant laquelle Salvador s'était arrêté à dessein.
—Je vous ai ménagé une dernière surprise, dit-il.
—Qu'est-ce donc, répondit Lucie en souriant; je ne puis, après ce que je viens d'admirer, être étonnée de quelque chose.
Salvador tira de sa poche une clé avec laquelle il ouvrit la mystérieuse petite porte, et il introduisit Lucie dans une pièce absolument semblable à celle qui lui servait de boudoir à l'hôtel de Neuville, c'était la même tenture, fond lilas semé de fleurs et d'oiseaux fantastiques, les mêmes passements verts attachés par des rosaces argentées, les mêmes stores adaptés à des fenêtres disposées de la même manière, les mêmes meubles, rien ne manquait.