—Je vais, lui dit-elle, semblable aux châtelaines du temps passé, vous prier de m'octroyer un don?

—Quel qu'il soit, noble dame, répondit Salvador, il vous est accordé d'avance.

Lucie mit entre les mains de Salvador, la lettre qu'elle venait de recevoir.

—Savez-vous, noble dame, que si vous ne m'aviez pas fait donner ma parole, je vous refuserais peut-être ce que vous me demandez; ce n'est pas sans éprouver une bien vive peine, que je consentirai à me séparer de vous.

—Vous pouvez, ajouta timidement Lucie, si vos affaires ne vous retiennent pas à Paris, m'accompagner chez mon amie; elle m'a dit plusieurs fois, que son oncle, sir Lambton, un très-digne gentilhomme, vous recevrait avec le plus vif plaisir.

—Je trouve très-naturel le désir que vous éprouvez, et je suis un chevalier trop courtois pour m'opposer à ce que vous le satisfassiez. Allez donc ma chère Lucie, voir votre amie, restez près d'elle aussi longtemps que vous le voudrez, je serai heureux si vous vous trouvez heureuse, et si l'amitié ne vous fait pas oublier l'amour que j'ai pour vous; je regrette beaucoup que des affaires m'empêchent de vous accompagner, mais vous m'excuserez auprès de sir Lambton, et vous lui direz que je prendrai sur mes occupations, le temps d'aller souvent vous visiter tous.

—Puisque vous voulez bien me permettre d'aller voir mon amie, je partirai demain si vous le jugez convenable.

—Vos volontés sont les miennes, ma chère Lucie.

Salvador, nos lecteurs l'ont déjà deviné, était charmé de ce que sa femme, au moment où il cherchait les moyens de se débarrasser d'elle pendant quelques jours qu'il voulait consacrer tout entiers à Silvia, lui avait demandé la permission de s'absenter; Lucie, de son côté, était charmée de la grâce avec laquelle son mari lui avait accordé ce qu'elle désirait, et elle s'occupait avec gaieté de rassembler mille petits objets épars dans le salon, qu'elle voulait emporter avec elle à la campagne, lorsque le vicomte de Lussan se fit annoncer.

—Je vous laisse avec M. le vicomte de Lussan, dit-elle à son mari après avoir adressé au gentilhomme breton une gracieuse révérence; vous savez que j'ai aujourd'hui beaucoup de choses à faire.