—Voilà des bourgeois bien dangereux, dit Vernier les bas bleus lorsque Salvador et le vicomte de Lussan furent partis.
—C'est si riche, répondit l'aubergiste.
Le vicomte de Lussan et Salvador, emportés par un vigoureux cheval, franchirent en peu de temps l'espace qui sépare de Lagny l'auberge où nous avons laissé Vernier les bas bleus; arrivés dans cette ville, ils descendirent à l'hôtel de l'Ours.
Partis précipitamment de Paris, et ne s'étant arrêtés en route que pour dire quelques mots à Vernier les bas bleus, ils étaient en proie à une faim dévorante; aussi leur premier soin fut de se faire servir un excellent repas.
—M'expliquerez-vous, cher vicomte, dit Salvador lorsque les premiers plats furent expédiés, quelle est l'affaire que nous allons faire, et de quelle manière nous allons procéder.
—Je ne puis, mon ami, vous dire autre chose que ce que vous savez déjà, répondit le vicomte, mais voici quelqu'un qui pourra vous satisfaire complétement, ajouta-t-il en désignant un nouveau personnage qui entrait à ce moment dans la salle où ils s'étaient fait servir.
Ce nouveau personnage était un petit vieillard vêtu d'un habit noisette, d'une culotte de ratine noire, d'un gilet de piqué blanc, il avait des bas de coton bleu, de forts souliers à larges boucles d'argent, et était coiffé d'un tricorne.
—M. Juste, s'écria Salvador.
—Lui-même, répondit le vicomte de Lussan, c'est à ce brave et digne M. Juste, que nous devons la bonne fortune qui nous arrive aujourd'hui.
L'usurier, en entrant dans la salle avait salué les deux amis comme s'il ne les connaissait pas, et s'était placé près d'eux afin de se faire servir à dîner ou plutôt à souper.