I.—Catastrophe. (Suite.)

Lucie et Laure se retirèrent de bonne heure; elles avaient tant de choses à se dire! Lucie surtout était impatiente d'apprendre à son amie une nouvelle dont le matin même elle avait eu la révélation, et qu'elle se faisait une fête d'apprendre à son mari lors de sa première visite chez le bon sir Lambton.

Lucie allait être mère.

Après avoir longtemps causé, les deux amies, vaincues par le sommeil, s'endormirent heureuses d'être l'une près de l'autre.

Nos lecteurs savent quel fut leur réveil.

Restées seules, Lucie et Laure demeurèrent assez longtemps sans se parler.

Lucie, la tête cachée entre ses mains, ses beaux cheveux noirs épars sur ses épaules nues, pleurait à se briser la poitrine.

Laure, assise sur une chaise longue, à quelques pas d'elle, la regardait en silence et des larmes coulaient le long de ses joues pâlies par la terreur. La clarté mystérieuse de la lune éclairait seule cette triste scène.

Laure se leva péniblement de son siége et s'approcha de son amie abîmée dans la douleur, et qui paraissait n'avoir conservé que pour souffrir le peu de force qui lui restait; elle l'embrassa sur le front.

—Pauvre, pauvre amie! dit-elle.