Lucie leva sur Laure ses yeux baignés de larmes.

—Je ne te fais donc pas horreur, dit-elle à son amie.

—Et pourquoi, grand Dieu! m'inspirerais-tu de l'horreur? s'écria Laure qui prit Lucie entre ses bras et la serra avec force contre sa poitrine; dois-je te punir d'une faute qui n'est pas la tienne, et l'amitié qui nous lie est-elle si peu solide qu'elle doive être brisée au premier choc?

—Oh! non, répondit Lucie; je ne veux pas que tu cesses de m'aimer, ton amitié est maintenant le seul bien qui me reste.

—Et elle ne te fera pas faute, je te le promets.

Les protestations de Laure calmèrent quelque peu Lucie; la pauvre femme se trouvait un peu moins malheureuse de savoir qu'elle pouvait compter sur l'amitié dévouée et désintéressée de la compagne de ses jeunes années.

La glace une fois brisée, Laure fit tout ce qu'il était possible de faire en semblable occasion pour apporter un peu de soulagement à la douleur si vive de son amie. Malgré la secrète antipathie qu'elle éprouvait pour le marquis de Pourrières, elle croyait qu'il avait dit la vérité lorsqu'il s'était vu découvert; elle fit donc observer à Lucie que quelque grave que fût le crime de son mari, elle ne devait pas désespérer de l'avenir.

—Qui sait, continua-t-elle, si un jour tu ne devras pas bénir la Providence de ce qui vient de t'arriver aujourd'hui; ton mari vient de te dire, et je crois qu'il disait vrai que ta présence l'avait arrêté sur le bord de l'abîme dans lequel il allait se laisser entraîner. Eh bien! il t'aime, tu lui parleras, et il est permis d'espérer que lorsqu'il saura que bientôt tu seras mère, il voudra conserver pur à son enfant le nom qu'il a reçu de ses ancêtres.

—Je désire bien vivement, ma chère Laure, que tes prévisions se réalisent, mais je ne l'espère pas. Mon mari, vois-tu, n'est pas ce qu'il paraît être, il y a dans la vie de cet homme, j'en suis maintenant certaine, quelque fatal secret que j'apprendrai tôt ou tard. Pourquoi, grand Dieu! n'ai-je pas suivi les conseils du docteur Mathéo.

—Tu as fait, ma bonne Lucie, ce que tu devais faire, tu ne pouvais ajouter foi à une lettre qui n'énonçait aucuns faits positifs, lorsque surtout celui qui avait écrit cette lettre laissait, par sa fuite, à toutes les accusations le droit de se produire.