Les brusques mouvements de Servigny et de Salvador, n'avaient échappé ni aux deux femmes ni à sir Lambton, les deux femmes ne dirent rien, mais sir Lambton qui n'avait pas pour se taire les mêmes raisons qu'elles, leur demanda s'ils se connaissaient.

Un instant leur avait suffi pour se remettre.

Salvador répondit le premier avec beaucoup de sang-froid.

—Je vois aujourd'hui pour la première fois M. Paul Féval, mais je vous l'avoue, votre neveu ressemble tellement à un gentilhomme Italien avec lequel je m'étais lié lors d'un séjour que je fis à Venise il y a quelques années, que je n'ai pu retenir un premier mouvement de surprise bien naturelle, du reste, car le gentilhomme en question est mort depuis longtemps.

Cette explication, que Servigny ne crut pas devoir démentir de suite, parut toute naturel à sir Lambton, qui n'avait, du reste, attaché aucune importance à la question qu'il venait de faire.

Il n'en était pas de même des deux femmes.

—Ils se connaissent, ma pauvre amie, dit Lucie à Laure en lui serrant la main avec force; ils se connaissent. Ah! je suis encore plus malheureuse que je ne le croyais!

Laure, afin de lui donner le courage de supporter sa triste position, avait dit à son amie quels étaient les antécédents de son mari et Lucie venait de deviner en quel lieu son époux et celui de son amie avaient pu se connaître.

Servigny, inquiet plus qu'on ne saurait se l'imaginer, d'avoir rencontré chez l'oncle de sa femme, un homme dont il avait été à même d'apprécier les mœurs et le caractère, était impatient d'avoir avec lui une conversation qui fût de nature à lui apprendre ce qu'il en devait craindre, il pria donc sa femme à laquelle il ne cachait rien de ce qui l'intéressait, de faire tout ce qui lui serait possible, afin qu'il restât seul avec le marquis de Pourrières.

—Je vous ferai connaître ce soir, lui dit-il, les raisons qui m'engagent à vous prier de me rendre ce service.