—Je les devine, lui répondit Laure, après lui avoir serré la main, et je vais vous obéir.
—Mon bon oncle, dit-elle à sir Lambton, lorsque la compagnie eut savouré d'excellent café, versé dans des tasses de vermeil délicieusement ciselées, vous allez, si vous le voulez bien, nous mener mon amie et moi promener dans la campagne, on dit, et l'on a raison, qu'il ne faut pas se gêner à la campagne, ces messieurs, qui, s'ils ne veulent pas sortir de leur côté, ont à leur disposition un excellent billard, voudront bien, j'en suis sûre, nous permettre de les laisser seuls quelques instants.
—Mais, objecta sir Lambton, qui ne concevait rien à la fantaisie manifestée par sa nièce, il me semble que puisque vous avez l'envie de vous promener, nous pourrions faire atteler et sortir tous ensemble.
—Non, mon bon petit oncle, nous sortirons à pied si vous le voulez bien, et nous laisserons ici ces messieurs, que je ne veux pas mettre dans le secret de ce que nous allons faire.
Sir Lambton, habitué à faire toutes les volontés de sa nièce, qu'il traitait en véritable enfant gâtée, prit sa canne, son chapeau, et après avoir prié le marquis de Pourrières d'agréer ses excuses, il sortit accompagné des deux femmes.
Salvador et Servigny étaient à peu près aussi embarrassés l'un que l'autre, Salvador surtout, qui avait deviné que Laure n'avait tant insisté pour sortir accompagnée de son oncle et de Lucie, qu'afin de le laisser seul avec son mari, ce fut lui cependant qui se détermina le premier à prendre la parole.
—Je crois, monsieur, dit-il à Servigny, qu'il est inutile que nous dissimulions plus longtemps, nous nous sommes reconnus...
—Il est vrai, monsieur, répondit Servigny, et je vous avoue que je ne m'attendais pas à vous rencontrer ici.
—Mon étonnement n'a pas été moins grand que le vôtre; est-ce bien vous? vous que nous dûmes abandonner en si piteux état après le combat que nous fûmes forcés de livrer aux gendarmes de la brigade du Beausset, que je trouve aujourd'hui l'époux d'une femme charmante, et non moins riche à ce qu'on assure qu'elle n'est belle.
—Permettez-moi de vous faire observer, à mon tour, que je n'ai pas moins que vous le droit d'être grandement étonné de vous rencontrer ici porteur d'un nom qui sans doute n'est pas le vôtre, et possesseur de richesses dont la source n'est probablement pas légitime.