Ce n'était pas la première fois que Beppo entendait prononcer les noms du grand Richard, de Rupin et du Provençal, et quelque chose lui disait que deux de ces noms appartenaient aux hommes dont il voulait se venger. Il n'avait pas voulu, cependant, dans la crainte d'inspirer des soupçons à ses compagnons, leur parler de ces trois hommes, et Georgette, à laquelle, ainsi du reste qu'à ses autres pensionnaires, la mère Sans-Refus ne laissait rien voir de ce qui pouvait la compromettre, n'avait rien pu lui apprendre. Aussi le grand Louis lui fournissait-il en ce moment une occasion qu'il était bien résolu à ne point laisser échapper.

—Mais puisque ces hommes vous étaient si utiles, répondit-il au grand Louis, pourquoi n'allez-vous pas les prier de revenir parmi vous? vous en serez quittes pour convenir de vos torts, si vous en avez.

—C'est bien plus facile à dire qu'à faire, personne de nous ne sait où trouver les rupins?

—Bath!

—C'est comme je t'le dis; oh! ce sont des marlous[621] finis, ils nous regardaient pour ainsi dire comme leurs larbins[622]; mais c'est égal, ils nous faisaient gagner de la pièce[623].

Ce que le grand Louis venait de lui dire, prouvait à Beppo, jusqu'à l'évidence, que les deux individus qu'il voulait perdre avaient cessé d'être en relation avec les habitués du bouge de la mère Sans-Refus, et que par conséquent il lui serait très-difficile d'atteindre le but qu'il se proposait, car il ne suffisait pas de dire à ceux qu'il servait, que ces hommes étaient les complices de ceux dont déjà il avait procuré l'arrestation, il fallait encore le prouver; cependant, il ne désespéra pas de réussir.

—Ecoute, lui dit le grand Louis après un silence de quelques minutes, tu es un brave garçon, n'est-ce pas?

—Je ne t'ai pas donné, je crois, le droit de penser le contraire.

—Eh bien! si tu veux, nous ferons, toi, Charles la belle Cravate et moi une affaire magnifique, et qui nous rapportera gros, sans qu'il soit nécessaire de courir le moindre danger.

—Qu'est-ce que c'est?