On a deviné que c'est aux avis que Beppo (puissamment secondé par Georgette, qui le servait avec un zèle qui ne se démentait pas) faisait parvenir à la police, qu'ils devaient leur arrestation.
—Tu as bien raison de ne pas vouloir mettre la main à la pâte[609] dit un jour le grand Louis à l'ex-pêcheur, nous sommes malheureux en ce moment.
—En effet, je suis tout prêt à croire que le métier commence à ne plus rien valoir.
—Ne m'en parle pas, les plus belles affaires nous glissent entre les arguemines[610]. Et ce n'est pas tout, nos meilleurs fanandels[611] sont presque toujours paumés marons[612]. Il y a, j'en suis sûr, un macaron[613] parmi nous.
—Il faut le buter[614].
—Si on le connaissait, ça serait déjà fait, s'écria le grand Louis en grinçant des dents; mais le brigand ne viendra pas nous dire, c'est moi qui vous fais tous enflaquer[615].
—Qui sait! il arrive quelquefois de si drôles de choses.
—Laisse donc, les railles[616], les friquets[617], les cuisiniers[618], les macarons[619], c'est tous des taffeurs[620].
Beppo se trouvait seul en ce moment avec le grand Louis, car la conversation que nous rapportons avait lieu dans la petite cour de la maison Sans-Refus (nous dirons tout à l'heure pour quel motif le grand Louis avait amené Beppo en cet endroit); il lui vint l'envie de prouver au bandit à l'instant même qu'il se trompait, et qu'il était très-possible d'être à la fois agent de police et courageux, mais il se contint.
—Les affaires allaient bien mieux lorsque le grand Richard, Rupin et le Provençal venaient ici; c'étaient des hommes, ceux-là! mais on se plaignait d'eux, parce qu'ils se réservaient la plus grosse part dans toutes les affaires qu'ils nous faisaient faire; c'était juste cependant, mais on n'est jamais content, ce n'est que lorsqu'on a perdu ce qu'on avait entre les mains qu'on le regrette.