L'aspect extérieur de la Conciergerie, maison de justice du département de la Seine, est à peu près semblable à celui de toutes les prisons: ce sont, comme toujours, ces murailles formées d'énormes pierres de taille, auxquelles le temps a donné une couleur sombre et verdâtre, de petites fenêtres défendues par de forts barreaux, des portes basses et cintrées, garnies de toutes sortes de ferrures, et fermées par de lourds verrous et d'énormes serrures.

L'entrée principale, ouverte sur une petite cour dans laquelle sont remisés les ignobles véhicules, auxquels on a donné le nom de paniers à salade[640], est défendue par une porte, ferrée, en chêne, et une forte grille. Entre cette porte et cette grille se tient constamment un surveillant qui ne permet l'entrée aux visiteurs qu'après avoir attentivement examiné la permission dont ils doivent être porteurs, et qu'ils déposent au greffe, où ils la reprennent en sortant. Malgré ces précautions minutieuses, précautions dont l'impérieuse nécessité ne saurait être mise en doute, des prisonniers sont quelquefois parvenus à tromper tous les regards et à reconquérir leur liberté. Personne n'a oublié la merveilleuse évasion de M. de La Valette, qui, grâce au généreux dévouement de sa noble épouse, parvint à quitter son cachot la veille même du jour fixé pour son exécution.

Après avoir descendu douze marches, on se trouve dans une vaste pièce octogone, voûtée en plein cintre, et d'une hauteur prodigieuse, où se tiennent ceux des gardiens que leur service n'appelle pas dans l'intérieur de la maison.

Malgré l'excellent feu que ces messieurs entretiennent en toutes saisons dans un énorme poêle (seul meuble qui, avec quelques bancs de bois de chêne, sur lesquels viennent s'asseoir les prisonniers privilégiés qui ont obtenu l'unique faveur de causer librement avec leurs parents et leurs amis, se trouve garnir cette pièce), un froid pénétrant, semblable à un lourd manteau de glace, tombe sur le dos du visiteur dès qu'il a mis le pied dans cette vaste salle.

Il faut ensuite parcourir un long et sombre corridor dont l'aspect sinistre est très-capable d'impressionner désagréablement l'homme le moins susceptible d'éprouver de ces vagues terreurs dont l'on est saisi quelquefois sans que l'on puisse se rendre compte des causes qui les ont fait naître.

Ce corridor pratiqué (ainsi du reste que beaucoup d'autres parties de la Conciergerie), à quinze pieds environ au-dessous du sol, conduit au guichet intermédiaire; à droite, un autre corridor un peu mieux éclairé que celui dont nous venons de parler, conduit au grand préau des hommes; à gauche, une grille défend l'entrée du quartier des femmes.

La surveillance de ce quartier est confiée aux dames Painparé et Yvose, il serait à désirer que toutes les personnes qui occupent des emplois de la nature de celui qui est confié à ces dames, comprissent aussi bien qu'elles les devoirs qu'ils imposent.

Du reste, le personnel assez nombreux de la conciergerie, est aussi satisfaisant que peut l'être le personnel d'une prison, et cela ne doit pas étonner: il subit l'influence, il se modèle sur l'homme qui est placé à sa tête. M. le directeur de la conciergerie joint, à toutes les qualités aimables d'un homme du monde, une bonté de cœur appréciée par tous ceux qui le connaissent, et à laquelle rendent justice ceux mêmes contre lesquels il est quelquefois obligé de sévir.

La cour des femmes forme un carré long, au milieu duquel est un parterre cultivé avec beaucoup de soin, et garni de fleurs et d'arbustes; ces pauvres plantes, malgré les soins continuels dont on les entoure, laissent négligemment tomber sur leurs tiges leurs fleurs décolorées. On dirait que ce n'est qu'à regret qu'elles se résolvent à s'épanouir dans ce vaste pandémonium de toutes les misères et de tous les crimes; qu'elles regrettent les joyeux rayons de leur beau soleil qui ne leur arrivent que brisés par les hautes constructions qui dominent de tous côtés la Conciergerie.

A gauche de cette cour est un ouvroir ou chauffoir, dans lequel les prisonnières travaillent sous l'inspection continuelle d'une gardienne; puis une voûte sombre, formant arcade, sous laquelle elles peuvent se promener lorsque le temps est pluvieux; des cellules tristes et humides, mais qui ne sont habitées que lorsqu'il y a plénitude dans la prison, ont leurs croisées sous ces arcades.