—Payez-moi, lui dit-il d'une voix étranglée par la colère, payez-moi tout de suite, si vous ne voulez pas que je vous enfonce ce couteau dans le cœur.
Les yeux noirs de Fortuné lançaient des éclairs, son visage était aussi pâle que celui d'un cadavre.
Le montreur de bêtes féroces était aussi lâche qu'il était cruel; il tremblait de tous ses membres et n'essayait même pas d'échapper à la furieuse étreinte de son jeune domestique.
—Je vais te payer, mon garçon, dit-il enfin en bégayant, je vais te payer.
—Tout de suite, tout de suite; je ne veux pas attendre plus longtemps.
Le montreur de bêtes prit quatorze pièces de cinq francs qu'il remit à Fortuné.
—Est-ce ton compte? lui dit-il.
—Je ne vous en demande pas davantage, répondit le jeune homme. Il mit les quatorze pièces de cinq francs dans sa poche et sortit précipitamment de la baraque couverte en toile, dans laquelle s'était passée la scène que nous venons de rapporter.
Quinze jours après avoir quitté le montreur de bêtes, Fortuné, qui s'était procuré à Lyon un costume assez propre, entrait à Paris par la barrière d'Italie, riche seulement de trois pièces de cinq francs et de beaucoup d'espérance.
Il alla se loger dans le plus modeste hôtel garni du quartier Saint-Marcel, et après une journée consacrée au repos (il venait de faire à pied environ deux cents lieues), il se mit à chercher de l'occupation.