—Ce sera, monsieur, me rendre un important service; mais vous ne m'avez pas dit quelle était la faute pour laquelle on retenait ce malheureux en prison, se serait-il, hélas! rendu indigne du nom, qu'il est, selon toute apparence, destiné à porter.
—Rassurez-vous, monsieur le marquis, ce jeune homme, quel qu'il soit, est tout à fait digne de vous appartenir.
—Ah! vous me rendez la vie, je craignais, je l'avoue, de me voir forcé de regretter d'avoir retrouvé un fils que je pleure depuis si longtemps.
Après avoir échangé encore quelques paroles avec le juge d'instruction, Salvador sortit du cabinet de ce brave et digne magistrat. Sa voiture l'attendait au pied du grand escalier du palais.
Le cocher était absent, il avait confié la garde de ses chevaux au chasseur, de sorte que Salvador fut obligé de l'attendre quelques minutes.
Il le vit sortir en courant, d'un cabaret situé sur la place du palais de justice, en face de l'escalier qui conduit à la salle des Pas-Perdus.
—Que signifie ceci! dit-il au cocher, qui paraissait avoir bu le contenu de plus d'une bouteille, vous me mettez dans la nécessité de vous attendre.
—Ne me grondez pas, monsieur le marquis, répondit le cocher d'un ton qui annonçait qu'il était sûr de lui-même, je viens de vous rendre, sans que cela paraisse, un fameux service.
—Oh! ça c'est vrai, ajouta le chasseur, jaloux de venir en aide à son camarade qu'il avait, sans doute, et à plusieurs reprises, remplacé au cabaret.
—C'est bien, messieurs les drôles, dit Salvador que ce petit événement, après ce qui venait de lui arriver, intriguait passablement, vous me donnerez l'explication de votre conduite lorsque nous serons rentrés à l'hôtel.