—Mais celui d'extorquer une récompense, en faisant passer un imposteur pour le fils que je n'ai pas cessé de regretter.
—Détrompez-vous, monsieur le marquis, le jeune homme, j'en suis certain, n'est point un imposteur. J'ai interrogé ce malheureux, toutes ses réponses m'ont paru être l'expression de la vérité.
—Ah! monsieur, si l'espérance que vos discours me permettent de concevoir, se réalise, je serai le plus heureux des mortels.
—Elle se réalisera, monsieur le marquis, quelque chose me dit que vous avez retrouvé le fils que vous regrettez si vivement.
—Ne négligez rien, monsieur, n'épargnez ni les soins, ni l'argent, s'il devient nécessaire d'en dépenser.
—Soyez tranquille, monsieur le marquis, je sais quelle est la tâche qui m'est imposée, et je saurai m'en montrer digne, j'écrirai à Genève, je ferai même, si cela devient nécessaire, venir à Paris des personnes qui ont été à même de connaître le jeune Fortuné et la femme Moulin et je suis persuadé d'avance, que le résultat des investigations auxquelles je vais me livrer sera celui que nous espérons, vous et moi; vous pourrez alors en toute sûreté serrer entre vos bras le fils que, jusqu'à ce jour, vous avez cru perdu à jamais, et la femme que vous venez de voir, et dont je vous l'avoue, la conduite me paraît inexplicable, sera ou justifiée ou démasquée.
—Je souhaite bien vivement, monsieur, que vos prévisions se réalisent.
—Elles se réaliseront, monsieur le marquis, elles se réaliseront, gardez-vous d'en douter.
—Puisqu'il en est ainsi, monsieur, permettez-moi de déposer entre vos mains cette petite somme (Salvador prit dans son portefeuille un billet de cinq cents francs, qu'il posa sur le bureau du juge). Je désire que le jeune homme dont vous venez de me parler, et qui peut être est mon fils, ne manque de rien.
—Votre désir est trop naturel, pour qu'il ne soit pas exaucé, je donnerai des ordres en conséquence.