Le juge prit la lettre, qu'il remit, après l'avoir examinée, entre les mains de Salvador.
—C'est effectivement moi qui ait écrit cette lettre, dit celui-ci.
—Eh bien, monsieur, s'écria Adélaïde Moulin, écrivez quelques lignes que vous soumettrez à M. le juge, il verra si je lui en impose, lorsque je lui dis que vous n'êtes pas le marquis Alexis de Pourrières.
Salvador, sans attendre que le juge joignît un ordre à la demande de la femme Moulin, prit une plume et du papier, et transcrivit les premières lignes et la signature de la lettre qu'on venait de lui remettre.
Il y avait entre l'écriture et la signature des deux pièces une telle identité, que tous ceux qui ne savaient pas que Salvador était, ainsi que nous l'avons déjà dit, un très-habile faussaire et qu'il s'était appliqué à contrefaire l'écriture d'Alexis de Pourrières, devaient nécessairement croire qu'elles avaient été tracées par la même main.
—Reconduisez cette femme, dit le juge au gendarme, après avoir examiné la pièce de comparaison.
—Monsieur, dit la malheureuse femme, vous n'avez pas fait encore tout ce qu'il faut faire, songez que dans cette affaire, ce n'est point de moi qu'il s'agit, mais de l'avenir d'un malheureux jeune homme qui a déjà beaucoup souffert.
—C'est bien, madame, c'est bien, répondit le juge. Je sais quels sont mes devoirs.
La femme Moulin, forcée de suivre son conducteur, sortit du cabinet et laissa seuls Salvador et le juge.
—Ce qui vient de se passer m'étonne au dernier point, quel peut être le but de cette femme en cherchant à se faire passer pour celle dont, par un hasard singulier, elle porte le nom?