Son premier soin, dès qu'il fut libre, fut de se rendre chez sa mère; la bonne femme, grâce à la lettre qu'il lui avait écrite, n'avait pas trop souffert pendant son absence, qui n'avait pas, du reste, été aussi longue qu'il l'avait annoncée; elle lui prodigua les témoignages de la plus vive tendresse et lui présenta Georgette, dont Beppo, à son grand étonnement, ne lui parlait pas.
Il n'y avait pas plus de deux mois que cette malheureuse fille avait quitté l'atmosphère empestée dans laquelle elle avait presque toujours vécu, et cependant elle n'était déjà plus la même que celle que nous avons vue, ivre d'eau-de-vie, dans le bouge de la rue de la Tannerie.
Elle était simplement, mais proprement vêtue; ses beaux cheveux noirs étaient arrangés avec soin, ses yeux, qui n'étaient plus entourés de ce cercle bistre, indice certain d'une vie désordonnée, avaient en partie perdu leur expression hardie; ses joues, naguère pâles, commençaient à se colorer.
Beppo l'embrassa sur le front.
—Je vous remercie, lui dit-il à voix basse, de tous les services que vous m'avez rendus, et surtout d'avoir été discrète. C'est bien, continua-t-il en élevant la voix c'est bien, je suis content de vous, restez toujours près de ma mère, ma chère Georgette; vous êtes jeune, l'avenir vous réserve, je l'espère, des jours heureux, et si je meurs avant elle, ce qui, après tout, est possible, vous la consolerez, n'est-ce pas?
—Quelle idée! s'écria la Catalane; toi, mourir? mais tu n'y penses pas, tu es jeune, tu es fort.
Georgette, qui avait à peu près deviné quelles étaient en ce moment les pensées de Beppo, ne dit rien. Ce n'était pas sans peine qu'elle parvenait à retenir les larmes qui roulaient sous ses paupières.
—Il faut s'attendre à tout, ma pauvre mère, répondit Beppo, il arrive ici-bas de si singuliers événements.
—Beppo! mon cher fils! tu me caches quelque chose; tu ne m'as pas encore fait connaître les raisons pour lesquelles tu t'absentais si souvent...
—Rassurez-vous, ma mère, dit Beppo après s'être passé la main sur le front, rassurez-vous, j'aurai bientôt, je l'espère, accompli la tâche que je me suis imposée, et alors nous retournerons en Provence; je ne puis, quant à présent, vous en dire davantage, évitez donc de m'interroger; car, pour m'épargner la peine de répondre à vos questions, je me verrais forcé de ne reparaître ici que lorsque je serai disposé à tout vous dire.