—Que je réaliserai, soyez en sûr, si vous me donnez le droit de me plaindre de vous, je n'ai plus rien à perdre maintenant.

—Je vous le répète, le moment est mal choisi pour nous quereller; je vous laisse donc; demain, dans quelques jours, vous souffrirez un peu moins, je l'espère, et il est probable que vous serez plus raisonnable; si vous désirez me voir, vous pouvez me faire demander.

Salvador n'attendit pas la réponse de Silvia pour sortir de chez elle.

—Voilà, se dit-il lorsqu'il fut installé dans la calèche, un concours de fâcheuses circonstances, et ce drôle qui vient, à ce qu'il prétend, de me rendre un important service. Qu'est-ce encore que cela?

La calèche était arrivée à la hauteur de l'arc de triomphe de l'Etoile; Salvador donna à son cocher l'ordre de s'arrêter: descendez de votre siége, lui dit-il, et venez me donner l'explication de ce que vous m'avez dit dans la cour du palais de justice, surtout soyez bref.

Le cocher s'empressa d'obéir, il s'approcha d'une portière et raconta à son maître ce qui s'était passé entre lui et Beppo.

—C'est bien, répondit Salvador après l'avoir écouté avec beaucoup d'attention, vous avez bien fait de promettre à ce drôle, qu'on lui payerait son œil plus même qu'il ne valait. Je n'aurais pas cru, se dit-il lorsque le cocher fut remonté sur son siége, que cet homme se serait contenté d'un peu d'argent, il faut croire qu'il ne nous a pas reconnus.

Après quelques tours dans la grande allée des Champs-Elysées, Salvador rentra chez lui.

—Madame la marquise vient d'arriver de la campagne, lui dit son valet de chambre qui était venu l'aider à descendre de voiture, et elle prie monsieur, de vouloir bien prendre la peine de passer chez elle.

—Ma chère épouse arrive bien mal à propos, se dit Salvador; et préoccupé de tout ce qui venait de lui arriver, il mit dans sa poche, sans la lire, une lettre que son valet de chambre venait de lui remettre.