Il passa de suite dans l'appartement de Lucie.
—Je n'espérais pas, lui dit-il, le bonheur qui m'arrive aujourd'hui. Vous avez donc bien voulu, madame, vous rappeler que votre époux devait éprouver le désir de vous revoir.
Le reproche indirect que ces paroles paraissaient renfermer étonna singulièrement la pauvre Lucie.
—Je ne vous comprends pas, répondit-elle: je suis il est vrai, restée assez longtemps près de mon amie, mais ça n'a été que parce que je voulais vous laisser la liberté de terminer les affaires qui vous retiennent encore à Paris; si j'avais prévu que vous éprouviez le désir de m'avoir près de vous, depuis longtemps déjà je serais revenue.
—Pardonnez-moi, madame, je suis tellement contrarié que je suis peut-être injuste.
—Oh! oui, bien injuste; demeurer près d'un mois sans m'écrire; j'étais inquiète; je pouvais croire qu'il vous était arrivé quelque chose; mais vous venez de me dire que vous étiez vivement contrarié; qu'est-ce encore?
—Oh! rien, ou du moins peu de chose; quelques affaires que je ne puis arranger aussi vite que je le voudrais, de sorte que nous ne pourrons partir pour Pourrières que dans quelque temps.
—Il faut bien souffrir ce que l'on ne peut empêcher; du reste, le retard dont vous vous plaignez n'en est pas un dans ce moment; je ne pourrais, en l'état où je suis, supporter les fatigues d'un long voyage, car celui que je viens de faire m'a pour ainsi dire brisée.
—C'est vrai, mon Dieu, vous êtes pâle, vos traits sont fatigués et moi qui vous retiens; reposez-vous, ma chère Lucie, demain, je l'espère, vous serez beaucoup mieux, et alors je vous dirai quel a été l'emploi de mon temps pendant votre longue absence.
—Je suis fatiguée, il est vrai, mais je ne suis pas malade; je suis, je vous l'assure, très en état de vous écouter.