»Tu as sans doute appris que par une chouette sorgue[653] la rousse[654] est aboulée[655] à la taule[656], et que comme un macaron[657] avait mangé le morceau sur nouzailles[658] et bonni[659] le truc[660] de la planque[661], tous les fanandels[662] avaient été servis[663]. Grâce à l'obligeance d'un vieux fagot[664] qui s'était fait raille[665] pour morfiller[666] et auquel j'ai collé dix mille balles[667] dans l'arguemine[668], j'ai pu me cavaler[669], et, à c'te plombe[670], je suis si bien planquée[671], que je ne crains ni cognes[672], ni griviers[673], ni railles[674], ni quart-d'œil[675], ni gerbiers[676].
»Je voudrais bien que tous les chouettes zigues[677] qui m'ont fait affurer du pèze[678] puissent en dire autant; malheureusement il n'en est pas ainsi, et j'ai bien le taffetas[679] d'entendre dire bientôt que tous ceux qui rigolent[680] encore à Pantin[681] viennent d'être fourrés dans l'tas de pierres[682], car il est probable que ceux qui viennent d'être servis[683] vont se mettre à table[684] et manger sur l'orgue de leurs fanandels[685]. Les pègres[686] à c'te heure n'ont plus de probité.
»C'est pourtant toi, mon pauvre Rupin, qui est la cause de tout ça. Voici comment:
»Tu n'as pas oublié c't'escarpe[687] qui, après avoir voulu buter[688] une largue[689] sur le pont au Change, se jeta à la lance[690] pour échapper à la poursuite de l'abadis[691] et que tu fis enquiller[692] chez mézigue[693] au moment où il allait être paumé[694]; eh bien! mon garçon, c'est à ce gueux-là que nous devons tous nos malheurs. Il y a quelque temps qu'il vint me trouver, il me conta un tas de boniments[695]; il me dit qu'il venait de travailler[696] en cambrouze[697] avec des ouvriers[698] qui venaient de tomber malades[699], qu'il était parvenu à se cavaler[700] et qu'il voulait goupiner[701] à Pantin[702]; il fit si bien que je lui accordai toute ma confiance, je le présentai aux amis, enfin, je le traitai comme s'il avait été mon môme[703].
Eh bien! sainte daronne du mec des mecs[704], c'était un raille[705].
»C'est un fanandel[706] de Fanfan la Grenouille, Poil-aux-Lèvres, un vieux pègre[707] qui est de la boutique[708], qui m'a appris tout cela; il a même ajouté que l'on disait à la cicogne[709] que Beppo (c'est le nom du macaron[710]) avait juré qu'il ne se résiderait que lorsqu'il serait parvenu à mettre entre les mains des gerbiers[711] le grand Richard, le Provençal, et toi.
»Tu feras mon garçon, de l'avis que je viens de te donner, l'usage que tu voudras, si tu es aussi bien caché que je le suis, tu peux rester à Pantin[712], mais s'il n'en est pas ainsi, je te conseille de filer au plus vite, car il paraît que ce Beppo, tout rousse[713] qu'il est, est un solide luron, et que c'est plutôt parce qu'il t'en veut, que pour gagner de l'argent qu'il s'est mis à faire servir[714] les amis.
»Adieu, mon cher Rupin, tu n'entendras probablement plus parler de moi, car je vis toute seule comme un vieux loup, et pour mieux cacher mon jeu, je me suis fait dévote, je vais même à confesse. C'est drôle, n'est-ce pas? Eh bien, tu ne me croiras pas, et pour tant c'est vrai, mon confesseur est un si brave homme, il parle si bien de toutes les loffitudes[715] de la religion, que j'ai quelquefois l'envie de prendre au sérieux tout ce qu'il me dit, et de lui faire une vraie confession, afin d'obtenir une bonne absolution. Du reste, j'ai rengracié[716], je n'ai pas envie de finir mes jours au collége[717], ce qui pourrait bien m'arriver, si je me laissais prendre.
»Ah! si j'avais tant seulement auprès de moi ma pauvre petite Nichon.
»Adieu encore une fois, mon cher Rupin! rappelle-toi quelquefois,