»Marie-Madeleine-Colette Comtois, dite
»Sans-Refus.»
Vieille folle! se dit Salvador, après avoir achevé la lecture de cette lettre qu'il déchira en mille petits morceaux qui furent jetés au vent; vieille folle! si je savais où te trouver, je te porterais l'adresse de ta fille, car je serais à l'heure qu'il est bien aise d'être débarrassé d'elle.
La lettre qu'il venait de recevoir fit faire à Salvador des réflexions sérieuses et dont nos lecteurs ont déjà sans doute prévu le résultat.
Si le marquis de Pourrières ne quitte pas aujourd'hui son hôtel, se disait-il, il est probable que demain matin il sera arrêté, puis on le confrontera avec tous ceux qui sont déjà en prison, et de ces confrontations, et de mille autres circonstances qu'il est impossible de prévoir, il est à peu près certain qu'il résultera la preuve que le susdit marquis est tout simplement un pègre de la haute[718]. Mais, supposons un instant que j'échappe à ce premier danger, l'affaire du jeune Fortuné n'est-elle pas grosse d'une foule d'orages? je ne puis décidément tenir tête aux dangers qui me menacent, il ne me reste qu'un seul parti à prendre, celui de fuir pendant qu'il en est temps encore, et de laisser s'arranger comme ils l'entendront, les gens qui vont rester derrière moi...
Mais Silvia, elle est bien laide maintenant... puis-je me charger d'une femme dont le visage, couvert d'horribles plaies, attirerait sur moi tous les regards? oh non! Je vais l'avertir de se tenir sur ses gardes, c'est tout ce que je puis faire pour elle.
Salvador écrivit ces quelques mots qu'il fit de suite porter à la marquise de Roselly.
«Ma chère Silvia,
»Un grand danger me menace, je suis forcé de fuir, tâchez d'en faire autant; nous nous retrouverons probablement plus tard. Adieu.
»A. DE P.»