Le commissaire de police invita le père Coquardon à entrer dans la pièce où l'on avait transporté le blessé; le bon homme ne se fit pas répéter cet ordre, charmé qu'il était d'apprendre de première main à la suite de quel événement M. le marquis de Pourrières se trouvait dans un aussi déplorable état.

Dès que l'on eut appris que le blessé était un homme riche et de qualité, le substitut donna des ordres en conséquence; aussi Salvador fut-il transporté dans la plus belle chambre de la caserne, celle du maréchal des logis; et couché dans un lit que l'on eut soin de garnir des matelas les plus mollets et des draps les plus fins qu'il fut possible de se procurer.

Les blessures de Salvador étaient beaucoup moins dangereuses que leur aspect ne permettait de le supposer; par un heureux hasard, les balles, au lieu de traverser la poitrine, avaient glissé le long des côtes, de sorte que les chairs seulement se trouvaient attaquées; son long évanouissement, provoqué seulement par l'énorme quantité de sang qu'il avait perdu, devait donc cesser dès que les soins nécessaires lui seraient prodigués, c'est ce qui arriva.

Lorsqu'il reprit ses sens et qu'il se vit entouré de plusieurs personnes, parmi lesquelles il y en avait quelques-unes vêtues de l'uniforme de la gendarmerie royale, il éprouva, il n'est pas difficile de le concevoir, une sensation fort pénible; mais il se remit bientôt, et après avoir demandé à boire, il attendit patiemment pour y répondre, les questions que l'on n'allait pas manquer de lui adresser.

Le médecin s'était empressé de satisfaire le besoin qu'il avait exprimé, et le commissaire de police, reconnaissable à son écharpe tricolore, lui avait soulevé la tête afin de l'aider; ces soins rassurèrent un peu Salvador.

—Allons, se dit-il, tout n'est point désespéré, je me tirerai je crois de ce mauvais pas.

Le substitut lui ayant demandé s'il se sentait assez de force pour répondre à quelques questions, il fit un signe affirmatif; on lui apprit alors comment il avait été ramassé sur la grande route et apporté dans le lieu où il se trouvait, et on lui demanda le récit de ce qui s'était préalablement passé.

Salvador n'avait pas de raisons pour raconter les faits autrement qu'ils s'étaient passés, il fit donc un récit exact et circonstancié de ce qui venait de lui arriver. Lorsqu'il eut achevé, le substitut le pria de vouloir bien signer sa déclaration, ce qu'il fit sans difficulté.

—Louis Rousseau! s'écria le substitut stupéfait d'étonnement.

—Oui, monsieur, répondit Salvador, il n'y a rien là, je crois, de fort extraordinaire. Louis Rousseau, commis voyageur de la maison Biot et compagnie, de Marseille.