—Je comprends parfaitement cela; mais il y a, je crois, un moyen de vous faire partager ma conviction.

—Et ce moyen, quel est-il?

—Très-simple, en vérité. Que l'un des révélateurs, accompagné d'un nombre d'agents suffisant pour que son évasion ne soit pas à craindre, attende aux environs de sa demeure, soit du marquis de Pourrières, soit du vicomte de Lussan, la sortie ou l'entrée de l'un de ces deux personnages. Si, ainsi que j'en suis certain, je ne me trompe pas, ils seront l'un et l'autre infailliblement reconnus.

—Je crois, en effet, que cette mesure préalable est absolument nécessaire, et je vais donner des ordres pour que demain matin le grand Louis soit tenu à votre disposition.

—Comment, le grand Louis est un des révélateurs?

—Eh! bon Dieu, oui; cet homme, qui criait si fort contre ceux que les gens de sa sorte nomment des macarons[862], s'est un des premiers mis à table[863]: c'est toujours comme cela. Mais vous ne voudrez peut-être pas vous trouver avec lui.

—J'ai pardonné de bon cœur à ce misérable le coup de couteau qu'il m'a donné: ainsi je me trouverai avec lui si cela est nécessaire.

Le lendemain matin, à la naissance du jour, Beppo et le grand Louis, accompagnés d'un certain nombre d'agents commandés par le chef de la police, qui avait trouvé l'affaire assez importante pour n'en confier à personne la direction, étaient à la porte de la maison habitée par le vicomte de Lussan. Leur faction dura plusieurs heures. Le noble personnage qu'ils attendaient n'avait pas l'habitude de se lever matin. Ce ne fut que lorsque sonna une heure que le vicomte de Lussan sortit de sa demeure. Comme toujours, sa toilette était irréprochable; et le large camélia blanc qui ornait la boutonnière de son habit, témoignait de ses opinions politiques.

—C'est le grand Richard! s'écria le grand Louis: excusez, quel genre! faut qu'il nous aie fait un peu l'esgard[864] pour être si flambant[865].

Le chef de la police se tourna vers Beppo.