—Il manque encore le numéro 7: dit celui-ci, qu'en avez-vous fait?

—Et le sais-je? s'écria Salvador, impatienté de ne pas pouvoir, malgré tous les efforts de son imagination, deviner le but que voulait atteindre le magistrat instructeur; je l'ai perdu probablement.

—En quel lieu? Répondez à cette question; elle est peut-être beaucoup plus importante que vous ne le pensez.

—Je ne le puis, monsieur. S'il manque un de ces mouchoirs, c'est que je l'ai perdu ou qu'on me l'a volé: je ne puis vous en dire plus.

Le juge tira d'un des tiroirs de son bureau un mouchoir absolument semblable aux autres, mais souillé de boue.

—Voilà, je crois, dit-il, celui qui manque à votre collection: vous le voyez, la marque est la même, et il porte le numéro 7; eh bien! savez-vous où il a été trouvé? dans la poche de côté de la blouse entortillée après le cadavre du malheureux Josué, ce qui permet de croire que cette blouse appartenait à son assassin.

—Eh! bon Dieu! monsieur, cela prouve tout au plus que celui qui a trouvé ou qui m'a volé ce mouchoir, est peut-être l'auteur du crime dont on m'accuse aujourd'hui; et si l'on n'a point d'autres preuves contre moi...

—Malheureusement pour vous il en existe d'autres. Les journaux ont rendu compte de votre arrestation, et ont fait connaître, à leurs lecteurs les divers crimes dont vous étiez accusé: un de ces journaux est allé trouver à Metz, où elle s'est retirée, la sœur du juif Josué, au moment même où elle cherchait un renseignement sur un livre qui servait à son frère, pour prendre note des courses qu'il avait à faire; et sur ce livre, qu'elle nous a envoyé après l'avoir fait légaliser par les autorités de la ville qu'elle habite, on lit cette mention: «13 mai chez madame de Roselly, où je dois rencontrer le marquis de Pourrières, et porter avec moi les deux cent mille francs que je dois lui prêter.» Et c'est le 14 mai que l'on a retrouvé dans la Seine le cadavre du juif. Depuis que l'on a ce registre, on a fait des recherches: on a retrouvé deux des anciens domestiques de la marquise de Roselly; et il résulte de leurs déclarations que, le 13 mai, le juif Josué s'est en effet rendu chez cette dame, qu'il y a soupé, et qu'il n'en est sorti qu'à onze heures et demie du soir. C'est donc en sortant de chez elle qu'il a été assassiné? qu'avez-vous à répondre?

—Il est possible, monsieur, que le malheureux Josué ait été assassiné en sortant de chez la marquise de Roselly, si en effet il se rendait chez cette dame, qui demeurait à l'époque à laquelle se rapporte ce malheur, dans un des quartiers les plus déserts de la capitale; mais accuser d'un aussi horrible crime cette femme, dont tout le monde vante la douceur et l'amabilité, m'accuser d'être son complice, et étayer une semblable accusation seulement sur des présomptions, c'est, permettez-moi de le dire, bâtir sur le sable un bien vaste édifice.

—Vous pouvez ne pas accorder aux présomptions qui se réunissent contre vous une grande valeur; quoi qu'il en soit, vous aurez à rendre compte de l'emploi de votre temps, pendant la nuit du 13 au 14 mai.