Le juge donna l'ordre aux gendarmes de reconduire Salvador en prison. Dans un des couloirs souterrains, qui du palais de justice conduisent à la Conciergerie. Salvador et ses compagnons furent rencontrés par le chef de la police, qui accompagnait un prisonnier que deux gendarmes conduisaient devant un juge d'instruction.

Le chef de la police, doué à ce qu'il paraît d'un excellent coup d'œil, reconnut de suite Salvador. Nos lecteurs se rappellent que lors de la disparition de Silvia, qui venait d'être enlevée par Beppo, il avait rendu une visite à ce fonctionnaire.

—Eh bien! monsieur le marquis de Pourrières, dit le chef de la police à Salvador; vous le voyez, nous avons découvert les assassins du juif Josué; mais je dois le dire, je ne me doutais pas, lorsque vous êtes venu à mon bureau, que j'avais devant moi un de ceux que je faisais chercher si inutilement.

—Alexis de Pourrières accusé d'un assassinat, s'écria le prisonnier qu'accompagnait le chef de la police; allons donc, ce n'est pas possible.

Cette exclamation donna l'éveil au chef de la police, qui ordonna aux gendarmes de laisser le prisonnier s'approcher de Salvador.

—C'est si possible, que cela est, dit le chef de la police au prisonnier. Présentez vos hommages à M. le marquis de Pourrières, puisque vous le connaissez.

Le prisonnier s'approcha de Salvador, qu'il regarda attentivement.

—Je ne me trompe pas, s'écria-t-il; c'est Aymard, c'est le Vicomte de Létang, c'est Salvador.

—Bravo! Ronquetti, s'écria le chef de la police transporté de joie; bravo! digne duc de Modène; vous venez de faire une découverte dont il vous sera tenu compte en bon lieu. Puis il continua son chemin, suivi du prisonnier.

Salvador rentra accablé dans sa cellule.