—Raconte à ces messieurs l'histoire d'Elisabeth Neveux, dit une des femmes, ça les amusera, c'est plus drôle qu'un mélodrame de la Gaieté.

—Je ne demande pas mieux si ça peut leur faire plaisir.

—Contez, charmante, répondit Flamant à cette question indirecte, contez, vous parlez si bien que nous vous écouterons avec infiniment de plaisir, n'est-il pas vrai, cher Albert?

Celui-ci fit un signe affirmatif.

—Je commence alors, dit la fille après avoir avalé un verre de punch.

—Nous t'écoutons:

«Elisabeth Neveux appartient à une famille d'honnêtes cultivateurs de la Lorraine, elle est née à Lacroix-Dieu, un joli petit village des environs de Lunéville; Elisabeth avait si souvent entendu parler de Paris, les gens de son village, que le hasard avait conduits dans la grande ville, faisaient un si beau récit des choses merveilleuses que l'on y voyait, qu'elle mourait d'envie d'y venir à son tour; aussi, lorsqu'elle eut atteint ses dix-huit ans, elle pria son père de la laisser partir et le bon homme qui ne savait rien refuser à sa fille, la conduisit un beau jour à la diligence, et la vit partir sans inquiétude, parce qu'il savait qu'elle serait reçue à sa descente de la voiture par l'aîné de la famille qui était depuis longtemps à Paris, où il exerçait la profession d'ouvrier serrurier. Elisabeth alla donc en arrivant à Paris loger chez son frère, et pendant quelque temps sa conduite fut irréprochable. Tout te monde vantait sa sagesse et sa modestie en même temps que sa beauté; malheureusement son frère, qui cherchait à lui procurer toutes les distractions que lui permettait sa fortune, la conduisit un soir à un petit bal de la rue Saint-Antoine, que l'on appelle le bal des Acacias. A ce bal elle fit la rencontre d'un beau jeune homme; ce beau jeune homme lui fit la cour, et ma foi il lui arriva ce qui est arrivé à plus d'une jeune fille, elle se laissa séduire, et un soir son frère l'attendit vainement pour souper. Elle était partie avec le jeune homme en question.

»Pierre Neveux, le frère d'Elisabeth, chercha longtemps sa sœur sans pouvoir la trouver; ce ne fut que par hasard qu'il apprit longtemps après qu'elle habitait sous le nom madame Lion...

—De madame Lion? dit Flamant.

—Est-ce que vous connaissez l'amant d'Elisabeth? répondit la narratrice: c'était un voleur.