—Cela ne m'étonne pas, dès que ces misérables ont quelques pièces d'or à leur disposition, voilà l'usage qu'ils en font.
—Je ne lui en voudrai pas, s'il s'est acquitté avec intelligence des diverses missions dont nous l'avons chargé.
—C'est ce qu'il faudrait savoir.
Flamant et Albert s'étaient retirés à l'extrémité du salon, pour échanger les quelques paroles qui précèdent; ils firent signe au fashionable de venir les y trouver.
Celui-ci qui avait préalablement demandé aux dames si la fumée du tabac ne les incommodait pas, et qui avait obtenu une réponse conforme à ses désirs, tira de sa poche une pipe de terre culottée, qu'il alluma avant de s'approcher d'eux.
—Voyons, mon cher Vernier, lui dit Albert (nos lecteurs ont déjà deviné que cet individu n'était autre que Salvador, et que celui que jusqu'à présent nous avons appelé Flamant était le vicomte de Lussan), vous êtes quelque peu gai, mais vous êtes en état de nous écouter et de nous répondre, n'est-ce pas?
—A mort, j'ai bu quelques glacis de lance d'aff[891]; mais je suis aussi sain d'esprit que de corps, et ce n'est pas peu dire, le coffre est bon, tonnerre!
—Dites-nous alors ce que vous avez fait depuis ce matin?
—Très-volontiers, et vous allez voir que j'ai bon pied bon œil; en vous quittant, je suis allé trouver Louis l'Aventurier, il m'a donné, ainsi que je m'y attendais, trois mille balles[892] des bijoux de la danseuse, et il m'a de plus renfrusquiné[893].
—Ensuite?