—Ensuite, comme je savais que vous n'auriez pas, dans la maison où je vous avais prié de m'attendre, le temps de vous ennuyer, je suis allé déjeuner copieusement.

—Ensuite?

—J'ai pris un cabriolet, et je suis allé retrouver Louis l'Aventurier qui m'attendait chez un marchand de vins de la cour Saint-Martin, nous nous sommes de suite mis en campagne, et après avoir longtemps cherché, nous avons enfin trouvé dans une maison isolée et sans portier, de la rue de l'Ouest, ce qu'il vous fallait: un petit appartement composé de deux pièces et d'une cuisine. L'appartement a été loué par Louis l'Aventurier qui a donné son nom et son adresse, soi-disant pour deux parents qui arrivent ce soir ou demain matin de la province; l'appartement a été meublé de suite, on y a apporté des malles pleines de linge et d'habits de sorte que vous pouvez y arriver les deux mains dans vos poches, sans inspirer le moindre soupçon, à l'heure qu'il est il est prêt à vous recevoir, et j'ose dire que vous y serez en sûreté; voici votre clé et le passe-partout; pour que vous ne vous trompiez pas, j'ai écrit sur la porte le nouveau nom de Rupin.

—Et Louis l'Aventurier ne sait pas pour qui il a loué cet appartement?

—Il sait seulement qu'il doit être habité par deux grinches[894] qui viennent de s'évader de là-bas, il a donné les nouveaux noms que vous avez adoptés et tout a été dit. Louis l'Aventurier fait tout ce qu'on veut lorsqu'on le paye bien, aujourd'hui cependant il s'est montré bon zigue[895], il ne m'a pris que mille francs pour le tout.

—Nous allons te les remettre.

—Je n'en veux pas, il me reste deux mille francs, c'est assez pour attendre, en menant joyeuse vie, une nouvelle affaire.

—Nous n'en ferons plus qu'une à Paris, mon cher Vernier, mais celle-là sera bonne, je t'en réponds.

—Celle de la dame au voile vert dont vous parliez ce matin avec Rupin?

—Tu l'as dit.