—Elle demeure toujours rue Thérèse, 25, je m'en suis assuré.
—Réussirons-nous? dit Salvador, qui avait jusque-là écouté, sans y prendre part, les propos échangés entre Vernier les bas bleus et le vicomte de Lussan.
—Il le faudra bien, mon cher Albert, dussions-nous pour entrer chez cette vieille mégère, passer par le trou de la serrure; nous ne pouvons avec la misérable somme que nous possédons songer à passer à l'étranger.
—Vous l'avez dit, nous risquerons le tout pour le tout, et si nous échouons, on ne nous prendra pas vivants.
—Cela coule de source; je ne me soucie pas pour ma part de retourner à Bicêtre, cette maison me déplaît horriblement, on y traite un gentilhomme absolument comme le dernier des manants.
—Et je suis des vôtres? ajouta Vernier.
—C'est convenu, nous nous mettrons à l'œuvre dès que notre ami aura fabriqué les papiers qui nous sont nécessaires pour quitter la France.
La conversation des trois bandits fut interrompue, par l'entrée dans le salon d'une bonne qui portait un vase d'une plus grande capacité que celui qui venait d'être servi et plein jusqu'aux bords, d'un punch flamboyant; elle était suivie par la maîtresse du lieu, qui posa sur la table deux assiettes de porcelaine, sur lesquelles se prélassaient quelques douzaines de biscuits de Reims.
La bonne qui n'avait pas remarqué les trois hommes qui causaient ensemble à l'extrémité du salon, allait se retirer, après avoir posé sur la table le vase dont elle était chargée; elle en fut empêchée par une des femmes.
—Reste avec nous, Céleste, lui dit cette femme, tu boiras un verre de punch et tu nous chanteras quelque chose.