—Je n'ai pas le temps, répondit Céleste, c'est aujourd'hui mon jour de sortie; ce n'est que parce que j'avais oublié quelque chose que je suis rentrée; je vais ressortir.

—Je t'en prie, ma bonne Céleste, reprit la femme qui venait de parler, chante-nous quelque chose.

—Je ne vous chanterai rien; vous avez de douces paroles dans la bouche lorsque vous voulez obtenir quelque chose, et vous vous moquez de ma laideur, vous m'appelez la mouchique[896], lorsque vous avez obtenu ce que vous désiriez; je ne vous chanterai rien.

—Messieurs, messieurs, joignez-vous à ces dames dit la maîtresse du lieu, priez Céleste de chanter; vous n'en serez pas fâchés, elle chante à ravir, et en musique encore.

De Lussan, toujours excessivement poli, crut devoir adresser quelques mots à la femme dont on vantait avec tant d'emphase le talent musical.

Céleste regarda le vicomte avec tant de fixité que celui-ci en fut presque troublé, et l'effroyable laideur de cette femme lui fit faire un pas en arrière.

—Je n'ai rien à refuser à d'aussi gracieuses invitations, répondit Céleste, et, sans plus se faire prier elle attaqua les premières mesures du grand air de la Reine de Chypre.

—C'est la marquise de Roselly, dit de Lussan à Salvador, tandis qu'elle chantait.

—Il n'est que trop vrai, répondit celui-ci, et je crois qu'elle nous a reconnus.

—Que faire?