A l'heure indiquée, les deux bandits étaient au poste. La vieille dame ne tarda pas à arriver; elle alla se placer à quelques pas du confessionnal qui se trouve près de la chapelle de la Vierge. Au bout de quelques instants, ils virent arriver une autre femme couverte de vêtements en lambeaux, et dont les couleurs primitives, effacées, maculées, indiquaient néanmoins par leurs vestiges, que celle qui les portait avait été dans l'aisance; c'était Silvia, mais, sous cet accoutrement, elle était méconnaissable. Sans regarder autour d'elle, elle se plaça sur les marches du tribunal de la pénitence, et tira d'un petit cabas qu'elle portait, un livre de prières qui, par un reste de fermoir en vermeil, indiquait avoir été orné avec luxe, mais, du reste véritable bouquin, et sale comme tout le reste du costume de la pénitente; elle l'ouvrit et se mit à prier avec une grande ferveur apparente. La messe finie, elle ne parut pas songer à se retirer, mais, au contraire, elle entama une autre série de prières dans lesquelles elle paraissait complétement absorbée. La dame au voile vert était restée priant, sur sa chaise, près de là, un chapelet à la main. Tout à coup elle le laissa tomber et se baissa pour le ramasser; mais la faiblesse de sa vue la faisait tâtonner à droite et à gauche, sans le retrouver d'abord. Silvia voyant son embarras, se baisse, le ramasse, et le présente à la vieille dame. Celle-ci lui adressa mille remercîments, qu'elle termine en lui disant:
—Dieu vous bénira, ma chère dame, puisque vous compatissez aux souffrances des affligés!...
—Grand merci de vos souhaits, vénérable dame, répondit Silvia, j'en ai grand besoin, car je suis bien malheureuse!
—Persévérez dans la voie sainte où vous êtes, ma fille; confiez-vous en Dieu, il ne vous abandonnera jamais.
—C'est aussi ce que je veux faire, répondit Silvia, et c'est pour me donner la force de supporter les coups de l'adversité que je viens me jeter aux pieds du vicaire de cette paroisse, que l'on m'a indiqué comme un homme aussi bon que pieux et charitable. Je veux lui faire l'aveu de mes fautes et m'entourer de ses conseils, car le malheur m'a persécutée avec tant d'acharnement, que souvent l'idée me prend de mettre fin à mon existence. Je l'aurais même déjà fait, si je n'avais été retenue par un reste des sentiments religieux qui vivent encore dans mon âme.
—Ah! ciel! que me dites-vous? répliqua la vieille; Dieu vous préserve d'une telle pensée, ce serait courir à votre damnation éternelle! Vous ferez bien de voir le digne vicaire dont le confessionnal est dans cette chapelle; je compte d'autant plus sur l'efficacité de ses consolations, que j'en ai éprouvé moi-même toute la puissance depuis qu'il me les prodigue.
—J'y compte aussi, madame, dit Silvia; mais quand on manque de tout et que l'on meurt de faim, que faut-il faire?
—Quoi! vous seriez réduite à cette affreuse nécessité, dit la vieille; tenez, prenez ce peu de monnaie; voici aussi un petit pain que j'avais acheté pour moi, mangez-le.
Silvia se précipita sur les mains sales et décharnées de sa bienfaitrice, les pressa, les baigna de ses larmes, et en un clin d'œil elle eut avalé le pain.
—Dieu vous récompensera, dit-elle à la vieille, vous m'avez sauvé la vie!