»J'ai l'honneur de vous remercier de la bonté que vous avez eue de vous intéresser à ma fille et de la tirer de la malheureuse position où elle se trouvait, par suite des égarements de la fatale imprudence de sa jeunesse. Sa lettre m'a fait verser des larmes bien amères, mais, en présence du témoignage d'un homme de bien qui prêche et pratique tout à la fois les maximes de l'Evangile, je ne puis oublier que je suis père et je lui pardonne.

»Ma fille me demande son piano dans le but de procurer quelques moments agréables à sa maîtresse, je ne puis le lui refuser. Veuillez donc être assez bon, M. l'abbé, pour lui dire qu'elle le recevra très-incessamment, et parfaitement emballé, à l'adresse de M. Fleurus, rue Thérèse, numéro 25.

»J'ose espérer, M. l'abbé, que vous ne laisserez pas votre bonne œuvre incomplète, et que ma fille trouvera toujours près de vous cette protection éclairée et ces bons conseils qui l'ont enfin fait rentrer dans les vues du Seigneur.

»Recevez, M. l'abbé, avec l'expression de ma vive et sincère reconnaissance, les salutations respectueuses de

»Votre très-humble serviteur,

»FRANÇOIS DUFRESNE,

»Menuisier, rue Jeanne-d'Arc, à Orléans.»

On a deviné que cette lettre avait été pensée et écrite par Salvador et de Lussan, que le chemin de fer avait depuis quelques jours transportés à Orléans où ils avaient pris un logement sous le nom de François Dufresne.

L'abbé Royer s'empressa de communiquer cette réponse à Silvia: elle en fut si joyeuse qu'elle sauta au cou de la vieille dame et l'accabla de caresses. Celle-ci, de son côté, n'en était pas moins ravie; il lui semblait qu'une nouvelle ère allait s'ouvrir pour elle, et que les sons magiques de l'instrument tant désiré devaient la rajeunir et lui rendre la beauté et les grâces du bel âge!

Enfin, au bout de quelques jours, le piano arriva.