—Mon père l'aura faite exprès, dit Silvia: c'est un homme qui ne fait que du solide en toutes choses.

La vieille s'en approcha encore une fois, l'examina de nouveau avec attention, puis la frappa de l'extrémité des doigts.

—Tiens, dit-elle, il me semble que j'ai entendu quéque chose grouiller?

—Ce n'est rien, dit Silvia, c'est la vibration qui produit cet effet.

Quéque c'est q'la vibration? demanda la vieille.

Silvia eut assez de peine à lui faire comprendre l'effet de vibration qu'elle avait entendu, car comme nous l'avons dit, la vieille était d'une intelligence fort obtuse, et la science des Noël et Chapsal et des Bescherelles était pour elle lettre close. Enfin, elle fut rassurée par la démonstration que lui en fit Silvia en frappant sur un verre de cristal:

—Nous allons finir de dîner, ma bonne mère, dit Silvia, puis ensuite je vous lirai le deuxième volume de l'ouvrage que nous avons commencé.

—Si tu avais un autre livre à me lire, répondit la vieille, je n'en serais pas fâchée, car celui-ci me fait faire des rêves qui me font peur. L'autre nuit, j'ai rêvé que tous les voleurs de la Forêt-Noire s'étaient introduits et cachés chez moi pendant que je priais Dieu à l'église, et que la nuit ils nous avaient coupé le cou à toutes les deux.

—Ah bah! tous songes sont mensonges, ma chère maman; il ne faut jamais croire à ces bêtises-là.

—T'as ben raison, va! les rêves, c'est des histoires comme dit le proverbe.