—Tenez, reprit Silvia, si vous le voulez, je vous lirai les fables de Florian!

—Ah! oui, c'est gentil tout d'même ces histoires-là! C'est des fables qui ne sont pas vraies, n'est-ce pas?... N'importe, j'les aime bien tout d'même!—Tiens, il me semble que la caisse craque?

—Oui, c'est vrai, vous ne vous trompez pas, chère maman, la caisse a craqué; mais c'est l'effet du bois qui a changé d'atmosphère.

—Tiens, c'est du nouveau l'arme aux sphères! ça fait donc craquer le bois? Ah! mon Dieu, v'là qui craque encore plus fort! c'est comme mon buffet, qui craque si fort la nuit qu'il m'a éveillée plusieurs fois.

—Ce n'est rien, ce n'est rien, dit Silvia; tous les meubles sont sujets à cela lorsqu'ils ne sont pas parfaitement en équilibre. Ne nous occupons plus de cela, lisons Florian.

La vieille devint attentive à la lecture de Silvia, mais de temps en temps elle faisait des remarques qui n'étaient certainement jamais venues à l'esprit d'aucun commentateur; elles étaient d'une naïveté à faire pouffer de rire, et il ne fallait rien moins que la grande préoccupation où se trouvait Silvia, pour ne pas lui éclater au nez.

Enfin neuf heures sonnèrent; la vieille se disposa à se coucher, mais lorsqu'elle voulut fermer la porte de sa chambre à double tour, comme elle en avait l'habitude, elle s'aperçut que la caisse était placée de manière à l'en empêcher; force fut donc pour elle de se mettre au lit et de laisser les choses dans l'état où elles étaient; car à elles deux elles n'étaient pas assez fortes pour remuer la caisse, ni la changer de place. Après l'avoir embrassée et lui avoir souhaité le bonsoir, Silvia se retira dans sa chambre.

Laissons-les l'une et l'autre; nous ne tarderons pas à apprendre comment elles ont passé la nuit.

V.—Drame.

Nous avons laissé la dame au voile vert et sa compagne retirées chacune dans son appartement, pour chercher dans un sommeil réparateur le repos du corps, l'oubli des peines de la journée et l'illusion sur celles qui souvent l'attendent le lendemain!... Quelques heures se sont écoulées; pénétrons dans cet intérieur et voyons ce qui s'y passe.