La vieille est ensevelie dans le plus profond sommeil; Silvia, l'oreille attentive, vient à pas de loup et pieds nus s'en assurer. Quelle est donc la cause d'une telle sollicitude? est-ce l'intérêt que lui inspire la dame qui l'a recueillie avec tant de confiance et tant de bonté? craint-elle qu'une indisposition subite, un affreux cauchemar, ou quelque autre cause, ne vienne interrompre son repos? Non, ce ne sont pas ces nobles sentiments qui la tiennent éveillée, Silvia en est incapable. Ce qui la tient éveillée, c'est la pensée du crime, c'est la soif de l'or, c'est celle du sang!!! Elle a juré la mort de sa bienfaitrice, elle vient s'assurer si le moment de frapper est arrivé!...

La chambre où repose la vieille n'est éclairée que par la faible lumière d'une veilleuse; Silvia approche, elle plonge un indicible regard sur la victime:

—Elle dort, dit-elle; elle dort, mais c'est pour ne plus se réveiller!

Puis revenant précipitamment dans la pièce voisine, elle ouvre la caisse, il en sort deux hommes. Salvador et de Lussan!...

Enfermés depuis plus de six heures dans cette espèce de cercueil, ils en sortent brisés et presque asphyxiés; mais grâce à un verre d'eau-de-vie que leur administre Silvia, ils ne tardent pas à se remettre et à retrouver l'énergie farouche et sanguinaire qu'exige l'accomplissement de leurs desseins.

Prêts à frapper, ils n'attendent que le signal de leur complice. Celle-ci retourne auprès de la vieille, qui dort toujours du plus profond sommeil...

Silvia appelle et guide du geste les deux assassins!...

Rapides comme la pensée, ils se précipitent sur la malheureuse vieille, et l'étranglent sans qu'elle puisse pousser un gémissement!!!

—C'est fait! dit de Lussan.

—Oui, répond Salvador! cette marraine[898] là ne viendra pas me tenir sur les fonts baptismaux[899].