Le lendemain, de grand matin, une nombreuse escouade d'agents de police envahissait une petite maison isolée de la rue des Dames, aux Batignolles, et pénétrait dans un appartement où elle trouvait les trois bandits que jusqu'alors elle avait vainement cherchés.

Salvador, de Lussan et Vernier se conformant à la détermination qu'ils avaient prise de ne pas se laisser arrêter vivants, firent une vigoureuse résistance; ils tuèrent deux des agents chargés d'opérer leur arrestation; la police, elle aussi, a ses champs de bataille, mais il fallut enfin qu'ils cédassent au nombre. Salvador, blessé au bras, de Lussan, qui avait reçu une balle dans la jambe, Vernier horriblement maltraité, ne pouvaient plus faire de résistance, on se jeta sur eux, ils furent garrottés et tout fut dit.

Lorsqu'ils se trouvèrent dans l'impossibilité de nuire, Silvia, qui jusqu'à ce moment, s'était tenue à l'écart, s'approcha d'eux.

—C'est à moi que vous devez votre arrestation, dit-elle; je suis bien vengée, n'est-il pas vrai?

—Furie, s'écria Salvador, débarrasse-moi de ton odieuse présence.

—Ne vous mettez pas en colère, cher marquis, dit de Lussan, nous n'avons que ce que nous méritons, il faut le reconnaître; nous ne devions pas abandonner notre amie.

—Elle montera à la butte[902] avec nous, notre amie, dit Vernier les bas bleus, ça sera drôle.

—J'échapperai à l'échafaud, dit Silvia à Salvador, adieu, M. le marquis de Pourrières.

Elle porta à ses lèvres un petit flacon qui contenait de l'acide prussique, et tomba sur le carreau comme frappée de la foudre.

—Elle est allée retenir nos places là-haut, dit Vernier les bas bleus, bon voyage.