Salvador voulut s'emparer du flacon dont Silvia venait de se servir, mais il en fut empêché par les agents de police.

Les trois complices furent de suite conduits à la Conciergerie, et des ordres furent donnés pour qu'ils fussent gardés à vue; le nouveau procès qu'il fallut leur faire ne fut pas long; on n'avait en quelque sorte qu'à constater leur identité, et d'ailleurs, ils ne songèrent pas à nier le nouveau crime dont ils s'étaient rendus coupables depuis leur évasion.

Enfin, le soleil qui devait éclairer le jour où ils allaient recevoir la juste récompense due à leurs crimes se leva.

De Lussan, dès le matin, s'était fait couper les cheveux aussi courts que possible; il avait arraché lui-même le collet de sa chemise, enfin, sa toilette était faite.

—Vous le voyez, maître, dit-il au bourreau lorsque ce fonctionnaire s'approcha de lui; je suis prêt pour la cérémonie, vous n'aurez donc pas besoin de poser votre main sur moi.

Après avoir achevé sa toilette, de Lussan, excellent catholique, comme on sait, se confessa et communia avec une dignité et un recueillement très-remarquables; après avoir rempli tous ses devoirs, il fut gai et plaisant comme toujours; il envisageait la mort sans effroi.

Salvador qui, d'abord, avait voulu faire le frondeur, qui avait repoussé les consolations de la religion, ne put résister aux exhortations du vénérable aumônier des prisons et à l'exemple de son complice, qui parvint à le décider à finir en chrétien, ce qu'il fit en effet.

Ce scélérat se confessa avec une abondance et une sincérité de cœur que l'on dut croire véritables; il fit même l'aveu d'un crime dont les hommes ne lui avaient pas demandé compte, il confessa l'assassinat commis sur la personne du malheureux serviteur de la maison de Pourrières, d'Ambroise, qui, ainsi qu'on se le rappelle, trouva une mort cruelle dans les ravins qui bordent le parc du vieux château, et après avoir reçu l'absolution, il reprit sa gaieté naturelle, et, de ce moment à quatre heures, il causa avec le bon prêtre et son complice, avec une lucidité et une aisance véritablement remarquables.

Le repentir manifesté par ces deux hommes, qui moururent avec un courage calme et sans forfanterie, fut-il sincère ou ne fut-il qu'une dernière comédie jouée par eux pour se divertir aux dépens de ceux qui regrettaient de voir se terminer sur l'échafaud une carrière qui aurait pu être brillante s'ils avaient bien employé les nombreuses facultés dont ils étaient doués? c'est un secret entre Dieu et eux.

A Dieu seul le privilége de lire dans les cœurs.