Ces messieurs, à ce qu'il paraît, retrouvent très-souvent sur les tables de marbre de l'amphithéâtre, les malheureux objets de leurs passagères amours.
Coralie, la danseuse, malgré le vol commis à son préjudice par de Lussan et ses complices, est toujours la plus délicieuse créature qui se puisse imaginer; elle ruine ses adorateurs, c'est vrai, mais elle ne les trompe pas; elle ne promet à personne un amour qu'elle est incapable de donner: «elle vend des sourires, des œillades et de doux propos,» et c'est peut-être parce qu'elle offre de rendre l'argent à ceux qui ne trouveraient par la marchandise de bonne qualité, qu'elle ne manque jamais d'acheteurs; elle dit, à qui veut l'entendre, qu'elle quittera le théâtre lorsqu'elle possédera cinquante mille livres de rente, et que, si elle n'épouse pas un diplomate, elle se fera dévote et gardienne si vigilante des bonnes mœurs, qu'elle chassera de chez elle celles de ses servantes qui ne sauront pas résister aux doux propos des lovelaces de l'antichambre.
Un affreux singe tient dans le cœur de Maxime la place occupée jadis par l'infortunée Miss; les lions de la loge infernale commencent à trouver les goûts de cette jeune fille un peu trop excentriques, mais Maxime ne s'inquiète pas plus de leurs discours, qu'un poisson d'une pomme; Maxime est si jolie, et il y a toujours à Paris un si grand nombre de riches étrangers.
Le père de Maxime est toujours frotteur; il boit souvent la goutte avec le fils de la fameuse baronne que nous avons rencontrée à Baden-Baden.
Cette dernière, qu'un procureur du roi malappris vient de faire condamner à quelques années de prison, n'en sortira que pour faire de nouvelles dupes; elle dit souvent à ceux qui lui rendent visite, qu'elle aura encore un riche appartement, des domestiques vêtus de splendides livrées, de beaux chevaux, et de magnifiques équipages; nous croyons que la baronne s'abuse étrangement, et que ses beaux jours se sont enfuis pour ne plus revenir; la mère des niais n'est pas morte, vous l'avez dit, madame, et vous ne vous trompez pas; mais il faut laisser à ses nouveaux enfants le temps de devenir grands avant de pouvoir les tromper, et grâce à Dieu vous êtes maintenant beaucoup trop vieille pour attendre.
Le poëte chevelu n'est plus maintenant un poëte incompris; il vient de publier le poëme épique qu'il avait l'intention de dédier au grand-duc de Bade; ce poëme, convenablement chauffé par la grande et la petite presse, a obtenu un succès pyramidal; aussi son auteur a été décoré par tous les souverains de l'Europe et des autres parties du monde; les libraires l'attendent à sa porte pour lui demander la faveur d'éditer un des ouvrages encore ensevelis dans les limbes de son cerveau; il sera de l'Académie avant Béranger, qui ne sera rien, pas même académicien.
Le noble duc et le comte étranger dont il raconta les infortunes conjugales à Roman pendant le court séjour que ce dernier fit à Baden-Baden, sont aujourd'hui ce qu'ils étaient jadis, ce qu'ils seront toujours, maris et contents; mais qu'importe, comme l'a fort bien dit le bon Lafontaine, qu'il faut toujours citer lorsqu'il s'agit des maris malheureux:
Quand on le sait, c'est peu de chose,
Quand on l'ignore, ce n'est rien.
Le comte de *** exerce toujours l'honorable métier que vous savez, il sert sous les ordres du noble personnage grâce auquel Edmond de Bourgerel expia par plusieurs mois de captivité le crime énorme d'avoir écrit un mauvais drame; si vous passez près de lui, cher lecteur (nous avons tracé de cet homme un portrait si ressemblant qu'il vous sera facile de le reconnaître), si, disons-nous, vous passez près de lui, rappelez-vous cette chanson de Béranger:
Parlons bas,
Ici près j'ai vu judas.