Les individus que nous avons souvent rencontrés chez la mère Sans-Refus, Charles la belle Cravate, grand Louis, Cornet tape dur, Robert, Cadet-Vincent, Mimi, Lenain, Dejean la main d'or, petit Crépine, Biscuit, Lasaline, et les autres, ont reçu la punition due à leurs crimes, les uns sont dans les maisons centrales, les autres sont au bagne où ils termineront probablement leur existence. Le grand Louis et Charles la belle Cravate, on le sait déjà, sont du nombre de ces derniers, ces deux misérables ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
Cadet Filoux, Coco-Lardouche et Cadet l'Artésien, ces trois vénérables représentants de l'ancienne pègre, sont morts en regrettant les us et coutumes du temps passé, c'est dire qu'ils sont morts en état d'impénitence finale. Messire Satan a dû, lorsqu'ils sont arrivés dans sont ténébreux séjour, leur faire une bien magnifique réception.
Fanfan la Grenouille, de voleur devenu agent de police, n'a pas su faire un bon usage des dix mille francs que la mère Sans-Refus lui donna, afin qu'il favorisât son évasion. Après avoir dépensé cette somme en folles orgies, Fanfan la Grenouille se trouva un beau matin sans ressources sur le pavé du roi. Force lui fut alors de reprendre son ancien métier; mais comme il avait pendant une longue oisiveté, à peu près perdu la plupart de ses facultés, il se laissa prendre la main dans le sac, et il alla rejoindre en prison tous ceux qu'il y avait fait entrer, triste retour des choses d'ici-bas!
Vernier les bas bleus, pris ainsi qu'on l'a vu avec Salvador et de Lussan, les a accompagné sur l'échafaud. Ce misérable n'a pas suivi l'exemple de ses complices, il est mort ainsi qu'il avait vécu.
De Préval prit un peu tard la résolution de vivre désormais en honnête homme; il rassembla tous ses capitaux, qu'il convertit en inscription de rentes sur l'Etat, et il se trouva à la tête d'un revenu d'environ cinq mille francs, c'était plus qu'il n'en fallait pour mener bonne et joyeuse vie dans une petite ville de province, et telle était, en effet, l'intention de Préval; mais le diable qui ne veut pas que ses féaux fassent souche d'honnêtes gens, lui réservait un tour de sa façon: de Préval rentrant chez lui à une heure avancée de la nuit, la veille du jour qui devait éclairer son départ de Paris, se trouva par hasard devant un malheureux auquel il avait gagné, à l'écarté, une somme très-considérable; cet individu avait acheté quelques heures auparavant une paire de pistolets, avec lesquels il voulait se faire sauter la cervelle, ils étaient tout chargés, et il se rendait aux Champs-Elysées, afin de se tuer à son aise, lorsqu'il rencontra de Préval; la vue de celui qu'il accusait, non sans raison, de sa ruine, alluma dans son sein une furieuse colère, et comme, lorsque l'on est bien déterminé à se tuer, on ne craint guère les suites d'une action désespérée, il déchargea l'un de ses deux pistolets dans la poitrine du pauvre de Préval.
—Tu ne voleras plus personne, dit-il lorsque le malheureux grec tomba à ses pieds.
A la naissance du jour, deux cadavres furent relevés, l'un rue Monsigny, derrière la salle Ventadour, l'autre aux Champs-Elysées.
—«Nous vous raconterons notre histoire une autre fois, «dirent en même temps Mina et la Lorette, avant de quitter le marquis de Pourrières et ses deux amis. Ces mots, qui terminent le premier chapitre de notre second volume, promettaient à nos lecteurs les histoires de deux jolies femmes. Ces histoires, nous ne les avons pas données, par la raison toute simple qu'après en avoir pris connaissance, nous avons trouvé qu'elles ressemblaient tant à celle de Félicité Beauperthuis, qu'elles auraient fait double emploi avec elle; jeunes filles sages et naïves que la séduction lance sur un chemin qui n'est pas celui de la vertu, voilà le fond; la forme seule diffère. Cependant, comme peut-être quelques-uns de nos lecteurs désirent savoir quel est actuellement le sort de Mina et de la Lorette (nous avons tracé de ces deux femmes un portrait qui, nous le croyons, justifie leur curiosité), nous les instruirons en peu de mots.
Mina est toujours belle; un prince valaque est amoureux d'elle, et comme la courtisane, en ce moment follement éprise d'un mauvais sujet qui la bat et qui la quittera lorsqu'il l'aura ruinée, ne veut pas prêter l'oreille aux tendres discours du noble Slave, il est présumable que, plus tard, elle sera princesse; quant à la Lorette, elle vient de se retirer du monde; elle a épousé un riche négociant de province, auquel elle a fait croire qu'elle était très-vertueuse; elle habite actuellement une petite ville dont tous les habitants vantent la dignité de ses manières et la pureté de ses mœurs.
Nous venons de nommer Félicité Beauperthuis; cette pauvre fille, plus malheureuse que coupable, est morte dernièrement à l'hôpital de la Charité. Son corps fut, suivant l'usage, porté à la salle de dissection; on nous a dit que lorsque le drap qui la couvrait fut levé, un ancien chirurgien-major de régiment, nommé depuis peu de temps chef de l'un des services de l'hôpital de la Charité, se trouva presque mal et qu'il sortit de la salle en se cachant le visage entre ses mains, ce qui fit beaucoup rire messieurs les étudiants qui se trouvaient là.