Troisième gobe-mouche.»Non! non, ce n'est pas un jour, c'est un beau bail.

Quatrième gobe-mouche.»Il avait donc assassiné?

Cinquième gobe-mouche.»Quoi! vous ne savez pas ça? C'est un scélérat couvert de crimes; il a tout fait. Vingt fois il a mérité la guillotine, mais comme c'est un adroit coquin, on lui a fait grâce de la vie.

La vieille femme.»C'est-il vrai qu'il a été fouetté marqué?

Premier gobe-mouche.»Certainement, madame, avec un fer chaud sur les deux épaules; je vous réponds que si on les mettait à nu, on y trouverait la fleur de lis.

Autre gobe-mouche. (Son numéro d'ordre ne me revient pas; je me rappelle seulement qu'il était vêtu de noir, et coiffé à l'oiseau royal, c'était, à ce que je présume, un des marguillers de la paroisse.) «La fleur de lis? c'est bien mieux que cela, puisqu'il est assujetti à porter un anneau à la jambe, c'est un fait que je tiens du commissaire.

Moi.»Laissez donc, avec votre anneau, est-ce qu'on ne le verrait pas?

Le gobe-mouche noir. (Sèchement).»Non, monsieur, on ne le verrait pas. D'abord, ne vous mettez pas dans la tête que ce soit un anneau de fer du poids de quatre ou cinq livres; c'est un anneau d'or, tout léger, et presque imperceptible. Ah! parbleu, s'il s'avisait comme moi de porter des culottes courtes, ça sauterait aux yeux, mais le pantalon cache tout. Le pantalon, jolie mode! ça nous vient de la révolution, c'est comme la Titus, on ne distingue plus un honnête homme d'un galérien. Je vous le demande, messieurs, si ce Vidocq était parmi nous, ne seriez-vous pas bien aise de vous trouver dans la compagnie d'un tel misérable? qu'en pensez-vous, chevalier?

Un chevalier de Saint-Louis.»Pour mon compte, je n'en serais pas très flatté, et vous, M. de la Potonière?

M. de la Potonière.»Dans le fait, ce n'est pas un si grand honneur; un forçat, et qui pis est, un espion de police! Si encore il n'arrêtait que des brigands de l'espèce de ceux que l'on vient d'amener aujourd'hui, ce serait pain béni; mais savez-vous à quelle condition on l'a tiré du bagne? Pour obtenir sa liberté, il s'est engagé à livrer cent individus par mois, et il n'y a pas à dire, coupables ou non, il faut qu'il les trouve, autrement il serait bien sûr d'être reconduit où on l'a pris; par exemple, s'il dépasse le nombre, il a une prime. Est-ce ainsi que cela se passe en Angleterre, sir Wilson?