—»Ne t'y fie pas, répliquai-je.

—»C'est possible, quelquefois ces bas-du-cul, c'est tout nerfs.»

Après ces propos de gens qui n'ont rien de mieux à dire, Pons me demanda des nouvelles de ses amis. Je lui dis qu'ils étaient en bonne santé, mais que comme ils ne l'avaient pas vu depuis l'affaire d'Avesnes, je les avais laissés fort inquiets de ce qu'il était devenu (l'affaire d'Avesnes était un assassinat: lorsque je lui en parlai, il ne sourcilla pas).

«Eh! qui est-ce qui t'amène dans ce pays, me dit Pons, ferais-tu la maltouse, par hasard?

—»Comme tu le dis, mon homme, je suis venu ici pour passer en fraude une bande de chevaux; on m'a fait entendre que tu pourrais me donner un coup de main.

—»Ah! tu peux compter sur moi, me protesta Pons». Et en causant de la sorte, nous arrivons à Hirson, où il nous fait entrer chez un horloger qui débitait du vin. Nous voici tous quatre attablés; on nous sert, et tout en buvant, je ramène la conversation sur Court et Raoul. «A l'heure qu'il est, lui dis-je, ils sont peut-être bien dans l'embarras.

—»Et pourquoi cela?

—»Je n'ai pas voulu te l'apprendre tout de suite, mais il leur est survenu un malheur: ils ont été arrêtés, et je crains bien qu'ils ne soient encore en prison.

—»Et le motif?

—»Le motif, je l'ignore; tout ce que je sais, c'est que j'étais à déjeûner avec Court chez Raoul, lorsque la police y a fait une descente, on nous a ensuite interrogés tous les trois; j'ai été aussitôt relâché. Quant aux autres, on les a retenus, et ils sont au secret, et tu ne serais pas encore averti de ce qui leur est arrivé, si Raoul n'avait pu, en revenant de chez l'interrogateur, me dire deux mots en particulier; c'était pour que je te prévienne d'être sur tes gardes, parce qu'on lui avait parlé de toi: je ne t'en dirai pas davantage.