—»Justement: tu vas aller là; tu te placeras dans le fonds de la boutique, avec une bouteille de bierre, et quand tu verras entrer deux des inspecteurs de l'officier de paix Mercier.... Tu les connaîtras bien?
—»Si je les reconnaîtrais! c'est à moi que tu demandes ça, un ancien troupier?»
—»Puisque tu les reconnaîtras, c'est bon; quand ils entreront, tu leur feras signe que c'est toi; vois-tu, c'est pour qu'ils ne te confondent pas avec un autre.
—»Sois tranquille, ils ne me confondront pas.
—»Sais-tu que ce serait désagréable, s'ils allaient empoigner un bourgeois?
—»Il n'y aura pas de méprise: est-ce que je ne serai pas là? et puis le signe. Ce signe, c'est tout.
—»Tu as bien compris?
—»Ah! mais, dis donc, me prends-tu pour un cornichon? Je ne leur laisserai pas seulement le temps de chercher des yeux.
—»C'est ça. D'abord, ils ont la consigne: sitôt qu'ils t'apercevront, ils savent ce qu'ils doivent faire; ils t'arrêteront et te conduiront au poste du Lycée, où tu resteras deux ou trois heures; c'est afin que celui que tu dois confesser t'ait déjà vu au violon, et qu'en te revoyant ensuite au dépôt, il n'en soit pas étonné.
—»Ne t'inquiète pas, je battrai si bien, que je défie le plus malin de ne pas me croire emballé pour tout de bon. Au surplus, tu verras si je suis à mon article.» Il tôpait de si bonne foi, que véritablement je regrettais d'être obligé de le tromper de la sorte; mais en me retraçant sa conduite à l'égard de ses camarades, cette velléïté de pitié que j'avais ressentie un instant se dissipa sans retour. Il me donne la main, et le voilà parti: il marche avec la vélocité de la satisfaction, la terre ne le porte plus. De mon côté, non moins rapide que lui, je vole à la préfecture, où je trouve les inspecteurs que j'avais annoncés; l'un d'eux était le nommé Cochois, aujourd'hui gardien à Bicêtre: je leur dis de quelle manière ils doivent agir, et je les suis. Ils entrent dans la tabagie.