Un matin, tandis que j'étais occupé à rédiger un rapport, on m'annonce qu'une dame fort bien mise désire me parler: elle a, me dit-on, à vous entretenir d'une affaire des plus importantes. J'ordonne de la faire entrer. Elle entre: «Je vous demande pardon de vous avoir dérangé; vous êtes monsieur Vidocq? c'est à monsieur Vidocq que j'ai l'honneur de parler?
—»Oui, madame; que puis-je pour votre service?
—»Beaucoup, monsieur; vous pouvez me rendre l'appétit et le sommeil... Je ne dors plus, je ne mange plus... Qu'on est malheureuse d'être sensible!... Ah! monsieur, que je plains les personnes qui ont de la sensibilité; je vous jure, c'est un bien triste présent que le ciel leur a fait là!...... Il était si intéressant, si bien élevé..... Si vous l'aviez connu, vous n'auriez pas pu vous empêcher de l'aimer...... Pauvre Garçon!......
—»Mais, madame, daignez vous expliquer; peut-être me faites-vous perdre un temps précieux.
—»Il était ma seule consolation....
—»Enfin, de quoi s'agit-il?
—»Je n'aurai pas la force de vous le dire. (Elle fouille dans son sac, d'où elle tire un imprimé qu'elle me remet en détournant la vue). Lisez plutôt.
—»Ce sont les Petites-Affiches que vous me donnez-là; sans doute vous vous méprenez.
—»Je le voudrais, monsieur, je le voudrais. Je vous en supplie, jetez les yeux sur le numéro 32740, dans mon affliction je ne saurais vous en dire davantage. Ah! qu'il est cruel..... (Des larmes s'échappent de ses yeux, la parole expire sur ses lèvres, elle est agitée par des sanglots, elle paraît éprouver des suffocations.) Ah! j'étouffe! j'étouffe! je sens quelque chose qui me remonte... Ah! ah! ah! ah! ah.....»
Je tends un siége à la dame, et tandis qu'elle s'abandonne à sa douleur, je tourne deux ou trois feuillets pour arriver au numéro 32740, c'est sous la rubrique des effets perdus; la page est trempée de larmes; je lis: Petit épagneul, longues soies argentées oreilles tombantes; il est parfaitement coiffé; une marque de feu au-dessus de chaque œil; physionomie excessivement spirituelle, et queue en trompette formant l'oiseau de paradis. Il est très caressant de son naturel, ne mange que du blanc de volaille, et répond au nom de Garçon, prononcé avec douceur. Sa maîtresse est dans la désolation: cinquante francs de récompense à qui le ramènera rue de Turenne, numéro 23. «Eh bien! madame, que voulez-vous que je fasse pour Garçon? les chiens ne sont pas de ma compétence. Je veux bien que celui-là ait été fort aimable.