Court et sa femme étant en lieu de sûreté, il restait à m'emparer de Raoul. Je me transportai chez lui; il n'y était pas; le garçon qui gardait sa boutique me dit qu'il avait couché à Paris, où il avait un pied à terre; mais que, comme c'était dimanche, il ne manquerait pas d'arriver de bonne heure.

L'absence de Raoul était un contre-temps que je n'avais pu prévoir, je tremblai qu'avant de rentrer il ne lui eût prit la fantaisie de dire bonjour à son ami. Dans ce cas, il était certainement instruit de son arrestation, et il était probable qu'il se mettrait en mesure de m'échapper. Je craignais encore qu'il ne nous eût vus au moment de l'expédition de la rue Coquenard, et mes appréhensions redoublèrent lorsque le garçon m'eut déclaré que son bourgeois avait sa demeure de ville dans le faubourg Montmartre. Il n'y était jamais allé et ne pouvait m'enseigner l'endroit; mais, présumait-il, c'était aux environs de la place Cadet; chaque renseignement qu'il me donnait me confirmait dans mes craintes, car peut-être Raoul ne tardait-il tant que parce qu'il se doutait de quelque chose. A neuf heures il n'était pas de retour: le garçon que j'interrogeai, mais sans dire rien qui pût lui inspirer de la défiance, ne concevait pas qu'il ne fût pas encore installé à son comptoir; il était vraiment inquiet. La domestique, en préparant le déjeûner que j'avais commandé pour mes agents et pour moi, exprimait son étonnement de ce que son maître et surtout sa maîtresse étaient moins exacts que de coutume; elle redoutait qu'ils n'en eussent été empêchés par quelque accident. «Si je savais leur adresse, me disait-elle, j'enverrais voir s'ils sont morts.»

J'étais bien persuadé qu'ils ne l'étaient pas: mais qu'étaient-ils devenus? A midi nous étions sans nouvelles, et je croyais définitivement que la mèche était éventée, quand le garçon de boutique, qui depuis un instant s'était mis en faction devant la porte, accourut en disant: «Le voici.»

—»Qui me demande? dit Raoul.»

Mais à peine a-t-il franchi le seuil, qu'il me reconnaît.

—«Ah! bonjour, M. Jules, me dit-il en venant à moi, qui est-ce qui vous amène aujourd'hui dans notre quartier?»

Il était loin de penser que ce fût à lui que j'avais affaire. Pour ne pas l'effrayer, j'essayai de lui donner le change sur l'objet de ma visite.

«Ah çà, lui dis-je, vous vous avisez donc d'être libéral?

—»Libéral?

—»Oui, oui, libéral, et de plus on vous accuse.... mais ce n'est pas ici que nous pouvons nous expliquer; il faut que je vous parle en particulier.