Dans une lettre à George Sand du 9 novembre 1862, Fromentin s'excuse, d'ailleurs, de n'avoir pu faire à son œuvre les changements convenus.
Le 9 janvier 1863, il lui annonce l'envoi d'un exemplaire de DOMINIQUE, «de format in-8º, papier propre, que le brochage de cette édition de cérémonie», non encore fini, l'empêche de faire parvenir à son amie.
DOMINIQUE paraît officiellement en librairie le 10 janvier 1863. Et le 27 janvier, Fromentin écrit à George Sand en lui disant que s'il ne lui a pas envoyé l'exemplaire annoncé, c'est qu'il y a relevé des fautes énormes, des corrections faites à l'imprimerie, après le bon à tirer, par un correcteur scrupuleux qui s'était permis de substituer des non-sens à certaines hardiesses..., et qu'il a fallu tout arrêter et introduire des cartons. Il explique qu'il a lâché tels quels quelques exemplaires de librairie, mais qu'il en reçoit à la minute même de plus propres dont le premier va être adressé à Nohant.
Nous trouvons là l'explication des fautes relevées sur un certain nombre d'exemplaires de l'édition originale, même de l'édition in-octavo. Ce qui semble plus singulier, c'est de voir les mêmes fautes reparaître dans les éditions ultérieures, et à plus forte raison, dans les éditions de luxe.
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Dans quelle mesure DOMINIQUE est-il une autobiographie? C'est ce qu'il est facile de savoir par les Lettres de jeunesse de Fromentin (Plon, 1912, 1 vol. in-18º), et par les notes si intéressantes dont M. Pierre Blanchon les a reliées entre elles.
En ce qui touche les lieux, nous y apprenons d'abord que pour les Trembles, Fromentin a pris comme modèle de sa description en partie la maison de campagne que ses parents avaient aux portes de La Rochelle, à Saint-Maurice; toutefois, certains traits, l'aspect du paysage, les grands horizons voilés, sont empruntés à la propriété que des amis de sa famille, les Seignette, avaient tout à côté, à Vaugoin.
Ormesson, la petite ville basse, hérissée de clochers d'église..., dévote, attristée, vieillotte, oubliée dans un fond de province, c'est La Rochelle, telle qu'elle existait au commencement du siècle dernier.
Les personnages. Dans Augustin, M. Louis Gillet (Revue de Paris, du 1er août 1905) voit un jeune professeur du lycée, Bardant, dont l'influence avait été grande sur ses élèves. Pour M. Louis Audiat (Revue des Charentes, 30 septembre 1905), c'est un mélange de Léopold Delayant, qui fut le maître de Fromentin à La Rochelle et s'intéressa beaucoup à ses débuts, et aussi de son grand ami, Émile Beltrémieux.
Le modèle d'Olivier d'Orsel est un des camarades de collège d'Eugène, Léon Mouliade, fils d'un propriétaire de Fontenay-le-Comte. La finesse de sa nature, la distinction de ses manières, sa mise recherchée et l'air de dandysme répandu sur toute sa personne, avaient infiniment plu à Fromentin qui entretint avec lui des relations longtemps suivies, bien qu'assez espacées.