—Est-ce donc que tu veux écraser le fils après avoir fait crever le père aux galères? dis, mauvais Crozat!
De ma vie je n'ai vu un homme aussi étonné. D'habitude, les paysans se hâtaient de se garer de lui lorsqu'il passait, de crainte d'être jetés à terre, ou, pour le moins, d'attraper quelque coup de fouet: aussi était-il tout abasourdi. Mais ce qui l'estomaquait le plus, c'était ce nom de Crozat, si soigneusement caché, ce nom de son grand-père le maltôtier véreux, que le fils du Croquant lui jetait à la face en lui rendant son tutoiement insolent.
Il mit son fouet dans sa botte et tira son couteau de chasse.
Le cheval, une bête nerveuse, grattait la terre et secouait la tête.
—Lâche la bride de mon cheval, méchant goujat!
La colère me secouait:
—Pas avant de t'avoir craché encore une fois à la figure, misérable, le nom de ton grand-père, Crozat le voleur!
Et lâchant la bride du cheval qui se cabrait, je fis un saut en arrière et je me trouvai dans le taillis, tenant toujours ma pioche levée.
Il resta là un moment, pâle de rage froide, les yeux venimeux, rinçant les lèvres et cherchant à foncer sur moi. Mais le cheval, quoique rudement éperonné, à la vue de la pioche levée reculait effrayé. Alors, voyant qu'il ne pouvait m'aborder de face, et que le bois épais me défendait, le comte rengaina son couteau de chasse, et s'en alla en me jetant ces mots:
—Tu paieras cela cher, vermine!